V. Principes, Scholie Général
pi 6
s étend à tout dans le Dieu qui est au-dessus de tout, et elle est seulement fictive et imaginée dans les faux dieux.
Toutes ces expressions, et d'autres encore dont Newton se $ert, rappellent de très près celles qu'on trouve dans quelques écrits de lY^nelon et de Malebranche. 11 y a chez Newton, comme parfois chez ces deux philosophes, des tendances mystiques indéniables, et la soumission des créatures au créateur supplée dans une large mesure à l'intelligence qu'elles peuvent en avoir. Newton met le sentiment religieux, dans ce qu'il a de plus intime, l'adoration et la soumission, à la base delà théologie naturelle. Loin de chercher à comprendre les attributs de Dieu d'une vue précise et rationnelle, comme ont cherché à le faire Descaries et Leibniz, il préfère se fiera l'instinct religieux, plus obscur et par cela même plus près du vrai. Cette préférence donnée aux penchants du cœur sur les arguments de la raison, est un des traits distinclils du mysticisme. Sans aller jusqu'à faire de Newton un mystique dans le plein sens du mot, il est impossible de méconnaître les tendances qui le rapprochent de la religion du cœur.
D'ailleurs il est un autre caractère par où la théodicée de Newton s'oppose aux théologies rationnelles. Dans tous les systèmes où l'existence de Dieu est considérée comme démontrable, c'est le moins que l'idée de Dieu soit considérée comme parfaitement claire, comme directement accessible à l'esprit humain. C'est ainsi que dans le système de Descartes il n'est guère de notion plus distincte que celle d'un être tout parfait. C'est l'évidence propre à cette idée qui nous fait croire à la réalité de son objet. Dans toutes les philosophies intellectualistes, il est nécessaire de regarder Dieu comme la première des c( essences », c'est-à-dire comme un être accessible à la raison. Spinoza est le type du philosophe intellectualiste. Aussi chez lui la connaissance de Dieu est-elle à la fois la certitude suprême et le suprême bonheur.
Rien de pareil ne se trouve chez Newton. Bien que Dieu soit présent partout, bien qu'il soit en contact immédiat avec les créatures, celles-ci « ne peuvent avoir aucune idée de sa substance ^ ». Loin de l'apercevoir distinctement ou de le con-