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VOLTAIRE ET NEWTON
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primitive de la matière, une de ces « qualitates primigeniae » dont parle Newton au début de VOptique. Entre ces qualités primitives et les qualités occultes, il y a la différence que nous avons signalée* et que Voltaire a tort bien saisie. Celles-ci sont des qualités pures, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas susceptibles de s'exprimer en nombre, de s'évaluer rigoureusement; elles appartiennent à certains corps à l'exclusion des autres, et rien ne permet de prévoir quels corps en seront doués. Au lieu de cela, la « qualité gravifique », l'attraction universelle appartient individuellement à tous les corps et à toutes les parcelles de chaque corps. Elle est mesurable mathématiquement et, à vrai dire, c'est seulement un nom qui permet d'énoncer brièvement un ensemble d'observations. « L'attraction agit sur tous les corps, et devient une qualité palpable, bien loin d'être une qualité occulte... La différence entre les qualités de l'aimant, de l'adhésion, de l'élasticité, et celle de l'attraction, c'est que la nature présente les unes à nos yeux, et que Newton a découvert l'autre à notre esprit. »
Si Voltaire avait connu les travaux d'Ampère sur Taimant, les théories modernes de l'élasticité et de la cohésion, il eut sans doute jugé encore plus voisines les qualités de la gravitation d'une part, les qualités élastique et magnétique d'autre part. Toutes ces qualités lui eussent semble jouer le rôle de ressorts de la nature, c'est-à-dire pouvoir s'exprimer au moyen d'une loi mathématique élémentaire d'où se déduisent les relations expérimentales. La découverte de Newton a consisté précisément à mettre au jour un ressort nouveau, dont les effets étaient connus depuis longtemps, mais dont la simplicité avait échappé jusque-là. 11 a fait voir qu'une loi mathématique d'action rend compte de tous les phénomènes célestes. Cette découverte a été importante par elle-même, mais elle est capitale surtout par la conception de la science qu'elle fournit.
Ceux qui voudront, après Newton, contribuer au progrès des sciences physiques, n'auront qu'à l'imiter dans d'autres domaines, en dégageant des faits une force nouvelle, un ressort nouveau, quifera voir l'agencement de phénomènes nouveaux.
LA IMIIL080IMIIK DE NEWTON
la penunfcur ou ta l«^jfrrel«^. (>g plit^nonW'nes forment de la «orte un j^rouj). Nrj)afv do autres. D autres pliénomènes se
coorcloiinentaulourtrnulrospuissonces.oud'nulrcs forces, force ^Ia9tii|u«\ résistance (les fluides, etc. Ils forment eux aussi des Kn»upes llomo^(^nes. Kntrc ces groupes, l'analyse ne découvre pas d abord de réduction ; c est seulement par exception qu'il nous est permis, apn*» de longs tâtonnements, de ramener I une à I autre deux puissances distinctes de la nature. Le physicien expérinicnlal ne se soucie pas tout d'abord de cette réduction II ne prend pas son point de départ, comme le faisait Descartes, dans la possibilité d'un mécanisme universel. Au lieu de créer lunivers de toutes pièces, il prétère partir d'une « propriété particulière de la nature ))et reconstruire, en partant de cette propriété, un système de pliénomènes particuliers. C'est ainsi (pie l'attraction découverte par Newton n'est pas pour lui l'explication dernière des phénomènes. Elle est un nom commode (pii sert à désigner une des puissances sous lesquelles viennent se coordonner un grand nombre défaits. L'étude de l'attraction comme l'étude de toute « propriété de la matière » ne pourra se faire que par voie d'analyse, et pourtant ce sera en quelque sorte « l'histoire dune création nouvelle* w.Cela veut dire que la mécanique newtonienne, en nous révélant une des puissances de \ix nature, rend saisissablc à l'analyse un des aspects de T univers.
Voltaire a été très vivement frappé de la conception newtonienne de la « nature » et des « puissances de la nature ». Un mot qui revient sans cesse sous sa plume lorsqu'il s'agit des forces newtoiiiennes est celui de 7*esso7't, Il appelle la gravitation
« Ce ressort si puissant, l'àme de la nature ^ .» Il faut entendre par cette expression imagée quelque chose d'assez précis et d'assez particulier. L'attraction universelle est à ses yeux un des ressorts de la nature, comme la force magnétique, comme la force du feu sont de^ ressorts de la nature. Cela veut dire que l'attraction universelle est une qualité