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V. Lelt. Phil., XIV, sur Descartes et Newton

VOLTAIRE ET NEWTON

est Leibnizien. Mais on ne dira pas de celui qui sait les éléments d'Euclide qu'il est Euclidien, ni de celui qui sait, d'après Galilée, en quelle proportion les corps tombent, qu'il est Galiléen. Aussi en Angleterre, ceux qui ont appris le calcul infinitésimal, qui ont fait les expériences de la lumière, qui ont appris les lois de la gravitation, ne sont point appelés Newtoniens. C'est le privilège de l'erreur de donner son nom à une secte'.» •

En rejetant l'esprit de système. Newton rejetait la métaphysique. Ne faisait-il pas du même coup tort à la physique, à la science positive, qu'on est accoutumé à regarder elle aussi comme un système PL'histoire nous enseigne que le développement de la science est allé de pair avec les grandes hypothèses métaphysiques, et Voltaire, en suivant Newton, ne risquait-il pas de diminuer la science, de la priver d'un secours précieux ?

A cela on doit répondre en se reportant aux circonstances historiques où se trouvait Voltaire. Au moment où il publia son Essai sur la nature du Feu et sur sa jiropagation -, Voltaire s'adressaità un public entièrement ignorantdes idées nouvelles. S'il faut en croire l'Avertissement des éditeurs, il était luimême encore très éloigné de la véritable physique, « celle qui s'occupe des faits et non des hypothèses, celle qui cherche des vérités et non des systèmes ». Plus tard, quand Voltaire eut définitivement rompu avec le cartésianisme, quand il devint en P>ance le représentant le plus actif des tendances newtoniennes, il eut à lutter énergiquement contre les cartésiens, ses premiers admirateurs. « Un reste de cartésianisme qu'on trouvait dans un ouvrage paraissait presque un mérite qu'il fallait encourager. » On préférait modifier, compléter, améliorer la théorie des tourbillons, plutôt que de la rejeter résolument au profit d'une théorie nouvelle.

C'est celte longue résistance du cartésianisme qui explique la défiance de Voltaire pour l'esprit de[système. Newton demeura longtemps contesté en France, parce que ses idées ne formaient pas un ensemble complet, parce qu'il supplantait la

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