Principes de la Philosophie, Ib partie, p
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de l'être parfait. Le mouvement possédera des propriétés analogues, que nous appelons justement ses lois. On comprend que Descartes, séparant force et matière comme deux réalités intelligibles l'une sans l'autre, et désireux pourtant d'établir d'un bout à l'autre de la science le même lien déductif, se soit vu contraint de recourir à la métaphysique pour justifier ses lois du mouvement.
Newton au contraire ne considère nulle part la force et la matière prises isolément. Nous avons vu dans le chapitre précédent qu'au fond il les définit l'une par l'autre, la notion de masse ne pouvant s'obtenir que par l'observation d'un champ de forces constant et l'idée de force étant inséparable de celle de masse et d'accélération. Tour être rigoureux, nous aurions dû dès lors avoir recours aux lois du mouvement. Les définitions de la force et de la masse que Newton place avant ces lois n'en sont au fond qu'un résumé commode. Le principe de l'inertie par exemple doit être établi empiriquement avant qu'on définisse les forces d'inertie. Le principe de l'égalité de l'action et de la réaction est implicitement admis dans la définition des forces appliquées. On peut dire que dans les idées de Newton, masse, force et mouvement sont trois notions connexes. Les lois du mouvement sont pratiquement inséparables de la mesure des forces et des masses. Au dualisme obscur de Descartes, qui ne pouvait se maintenir qu'à la faveur de la métaphysique. Newton substitue un fait d'expérience : il n'y a jamais de masse sans force ni de force sans mouvement. Les relations mutuelles entre ces quantités, relations que l'expérience nous donne, sont aussi bien des lois delà force que des lois du mouvement. En tous cas il est inutile de faire intervenir des hypothèses métaphysiques. L'observation correcte des faits, aidée du langage mathématique, suffit à établir sur des bases positives les équations fondamentales de la mécanique.
On trouve chez Descartes une confusion constante entre le mouveitient considéré comme déplacement et ce que nous appelons aujourd'hui la « quantité de mouvement ». La quantité de mouvement est regardée de nos jours comme une grandeur purement conventionnelle. C'est le produit de la masse par la vitesse, et ce produit n'est pas directement accessible à nos sens. H arrive seulement que dans certains problèmes
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la quantité de mouvemement demeure constante ou varie selon des lois sinlples. C'est ce qui se passe par exemple dans le mouvement d'un corps qui n'est soumis à aucune force ou qui obéit à l'action d'une force constamment centrale. Dans le premier cas la quantité de mouvement, dans le second le moment de la quantité de mouvement demeurent constants au cours du temps. C'est ce qu'on exprime en termes mathématiques en disant que le théorème des quantités de mouvement fournit dans des cas de ce genre une intégrale première. Ceci veut dire que dans certains problèmes le produit de la masse par la vitesse est une fonction qui demeure invariante et qui, à cause de cette propriété, peut être employée comme quantité auxiliaire.
Descartes n'était pas assez familier avec l'usage des symboles en mécanique pour s'en tenir à ce point de vue abstrait. 11 considère la quantité de mouvement comme une réalité objective, et c'est elle, bien plus que la vitesse, bien plus que la force ou la masse, qui nous donne la mesure exacte du mouvement. Il semble même que Descartes ait réduit tous les problèmes de mécanique rationnelle à la détermination des quantités de mouvement. On comprendrait mal l'importance excessive attribuée par Descartes à cette notion, si l'on ne se reportait qu'aux travaux de Galilée et des autres précurseurs de Newton. Pour ces physiciens, la notion des champs de force et des accélérations qu'ils produisent était déjà devenue suffisammentpositive, et au lieu de se limiter à l'étude du « mouvement » ils portaient déjà leurs efforts vers l'étude des forces vives et du travail. Descartes avait connaissance des essais effectués dans cette voie. Mais ici encore l'esprit systématique devait l'attacher à des conceptions fautives. Descartes se proposait avant tout d'aboutir à une explication mécanique du monde, et l'idée qu'il se faisait du mécanisme était trop étroite. Pour lui il n'y a d'explication mécanique que celle qu'on tire du choc des corps, et le but d'une physique rationnelle est de ramener à une rencontre de particules toutes les apparences dont la nature est le théâtre. On peut savoir gré à Descartes d'avoir supprimé de son mécanisme tout ce que les philosophes anciens confondaient avec lui : les « mouvements vers la forme » les « mouvements vers la chaleur », les « mouvements vers la
quantité ' ». Mais Descartes allait trop loin lorsqu'il ne considérait comme géométrique que le mouvement dû au choc des corps. C'est cette définition restrictive qui allait l'amener à donner l'importance qu'il fait aux mesures de « quantités de mouvement ». En etîet les lois du choc dos corps rentrent précisément dans le cas cité tout à l'heure où le produit de la masse par la vitesse reste constant, et où le théorème des quantités de mouvement fournit une intégrale première. On comprend alors comment Descartes a été amené à prendre le « mouvement » comme une grandeur physique et à y chercher la mesure de toutes les modifications matérielles. C'est la « quantité de mouvement » qui se communique dans le choc, c'est elle qui circule d'un corps à l'autre, c'est elle qui par ses variations indique l'augmentation ou la diminution de l'énergie motrice. Nous savons aujourd hui que les lois de Descartes sont fausses dans la plupart des cas. D'ordinaire on en attribue la critique exclusivement à Leibniz et à ses disciples. Mais il est certain que les Principes de Newton contribuèrent plus qu'aucun autre ouvrage à montrer les lacunes du cartésianisme. La supériorité de Newton sur Descartes va tenir à ce que son mécanisme, n'étant pas imprégné d'idées métaphysiques, pourra se développer librement, et assigner à la notion de « mouvement » un rôle précis mais limité.
Dans son Traité dv Monde comme dans ses Principes, Descartes énonce trois lois du mouvement, qui sont à ses yeux nécessaires et suffisantes pour expliquer le mécanisme de l'univers. Mais il faut considérer comme une quatrième loi l'axiome qu'il affirme dans ces deux ouvrages, savoir que la quantité de mouvement dans l'univers demeure exactement constante. L'origine métaphysique de cet axiome ressort du langage même employé par Descartes. Dieu, par sa toute puissance, a créé la matière avec le mouvement et le repos de ses parties, et il conserve maintenant en l'univers, par son concours ordinaire, autant de mouvement et de repos qu'il en a mis en le créant. La conservation du mouvement est donc une conséquence du système de la création continuée. La création du monde est, pour Descartes, un acte de la divinité, et celle-ci a dû mettre