Principes de la Phil., Il» partie p
puissent céder de leur mouvement. Le mouvement a reçu de Dieu la propriété de ne pas demeurer toujours attaché aux mômes particules, et de passer des unes aux autres selon leurs diverses rencontres. On constate ici le même phénomène que celui de la propagation des ondes à la surface de l'eau : la masse du liquide reste stationnaire tandis que le mouvement se propage. Descartes concevait le choc des corps comme l'instrument de propagation du mouvement. Comme en môme temps il lui était impossible d'admettre une création ou une doslruction de mouvement sans faire tort ù. l'immutabilité divine, il avait été amené à poser a priori les lois du choc des corps. Ces lois sont établies de façon que la constance du mouvement total subsiste à travers les modifications partielles. L'expérience d'une part, le calcul de l'autre devaient donner tort aux déductions cartésiennes. Mais il ne fallait pas moins que cette double réfutation, dont Newton sera l'initiateur, pour consommer la séparation de la mécanique et de la métaphysique.
La première loi du mouvement est formulée par Newton de la manière suivante : tout corps persévère dans l'état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n'agisse sur lui, et ne le contraigne à changer d état.
On peut remarquer que Newton comme Descartes met exactement sur le môme rang l'état de repos et l'état de mouvement. L'inertie tend aussi bien à maintenir un corps mobile dans son mouvement qu'à laisser au repos un corps qui se trouve au repos. A cet égard le terme d'inertie est assez mal choisi, car la force qu'on désigne de ce nom est aussi bien active que résistante. 11 conviendrait plutôt de désigner le principe d'inertie comme une loi de persistance des corps dans l'état présent.
Cela posé, ce principe est-il une véritable loi naturelle, nous renseigne-t-il vraiment sur les rapports des phénomènes, ou exprime-t-il sous forme imagée une simple tautologie ? La tendance des savants actuels va à cette dernière façon de voir^ L'énoncé du principe d'inertie répond pour eux à la définition
i. Voy. Picard, Quelques réflexions sur la Mécanique, p. 34 et P. Appell, Traité de Mécanique, T. 1.