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Principes de la Phil., II» partie, p

In

toute force extérieure tend à persévérer dans son mouvement, si ce mouvement est rectiligne et s'il est uniforme, ces trois particularités tiennent à la même raison. Puisque la force est nulle, l'accélération est nulle et le mobile ne peut que se déplacer d'un mouvement uniforme sur la tangente à sa trajectoire antérieure.

Mais Descartes n'avait aucune idée de l'équation différentielle du mouvement d'un point. La géométrie était le seul moyen dont il usât pour caractériser les mouvements. Klle lui avait permis de distinguer dans tout mouvement deux éléments hétérogènes, la grandeur absolue d'une part, l'orientation de l'autre, ou, pour employer son langage, l'action motrice d'une part, la détermination du mouvement de l'autre. L'action motrice se conserve invariable comme on l'a expliqué précédemment. Il restait à faire voir qu'en direction le mouvement tend aussi à se perpétuer. Ici Descartes cite l'expérience de la pierre qui cherche à s'échapper de la fronde, et qui, sitôt qu'on la lâche, se déplace suivant la tangente. Mais pour lui cet exemple ne peut suppléera une déduction directe. Il faut encore avoir recours à la nature divine pour expliquer que le mouvement conserve en môme temps que sa grandeur son inclination. Dieu conserve chaque chose par une action continue, et par conséquent il ne la conserve point telle qu'elle peut avoir été quelque temps auparavant, mais précisément telle qu'elle est au moment qu'il la conserve. Soit un corps se mouvant sur un cercle. A un moment quelconque la tendance actuelle du corps est de s'éloigner suivant la tangente parce que la tangente seule est complètement déterminée par les conditions instantanées du mouvement. S'il tendait à s'éloigner suivant un cercle, une ellipse, ou toute autre courbe ayant même tangente, cet effort ne pourrait s'expliquer par les seuls éléments caractéristiques du mobile au point considéré. Il faudrait faire appel aux points voisins, ainsi qu'aux états antérieurs ou ultérieurs du corps. On peut exprimer l'idée de Descartes sous une forme plus claire. Sitôt qu'un corps s'écarte de la ligne droite, c'est qu'il est soumis à des forces de liaison. Les mouvements circulaires et tourbillonnaires sont fréquents dans la nature, mais ils sont toujours dus aux liaisons mécaniques d'un point mobile avec les points voisins. Un point qui serait entièrement libre se dépla-

cerait nécessairement en ligne droite parce qne les états successifs de ce point ne pourraient dépendre que de ses états antérieurs et chacun de ces états est déterminé par un vecteur initial de direction fixe.

Descartes a bien compris que l'inertie de la matière est une propriété vectorielle, c'est-à-dire susceptible de recevoir une orientation. Cette orientation a toujours pour effet de maintenir l'orientation actuelle du mouvement. La seconde loi du mouvement contribue donc avec la première à poser l'immutabilité des lois de la nature. Mais elle n'est pas plus que la première une loi proprement mécanique. C'est l'application aux faits mécaniques d'une vérité métaphysique universelle.

La troisième loi donnée par Descartes est la loi de la communication des mouvements.

Nous avons déjà vu que pour Descartes le choc est le seul mode d'action que les corps puissent exercer les uns sur les autres. Par suite les lois de la communication des mouvements ne sont chez lui que les lois du choc des corps. Si un corps qui se meut en rencontre un autre plus fort que soi il ne perd rien de son mouvement ; s'il en rencontre un plus faible qu'il puisse mouvoir, il en perd autant qu'il lui en donne. Cette formule générale est précisée par Descartes dans sept exemples qui correspondent aux cas les plus typiques du choc des corps *. H est hors de doute que ces lois sont le point faible de la mécanique cartésienne. Leibniz, puis Newton, montreront qu'il y a des cas où les lois de Descartes sont manifestement en défaut. En vain Malebranche, à la fm de la Recherche de la Vérité, essaye-t-il de fonder d'une manière démonstrative les lois de la communication du mouvement. La tentative cartésienne était condamnée à échouer, parce qu'elle reposait sur un certain nombre d'hypothèses, liées à la métaphysique de Descartes, et qui devaient disparaître avec elle.

L'hypothèse du « plein » est inséparable de la mécanique cartésienne. Si tout l'univers est plein de corps et si néanmoins chaque partie de la matière tend à se mouvoir en ligne droite, il est évident que Dieu dès l'origine a dû créer les particules matérielles de façon que sans céder de leur matière, elles

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