Principes, L. I, Scholie p
ij
teurs inégales. Les nombres trouvés confirmaient les premiers avec des erreurs qui ne dépassaient jamais deux
pouces.
La conclusion naturelle de ces différentes expériences eût été
de corroborer la théorie de Descartes et de confirmer, dans le cas du choc des corps, le principe de la conservation du mouvement. Pourtant Newton ne cite qu'accessoirement cette signification de ses expériences. C'est surtout le principe de l'égalité de l'action et de sa réaction qui lui paraît démontré par ses mesures. On a là un exemple curieux de la multiplicité d'interprétations dont certaines expériences physiques sont susceptibles. Selon les idées qui sont le plus en faveur ou dont la considération est la plus iamilière, la même expérience pourra mettre en lumière des propriétés bien différentes. Un siècle plus tard, Scheele trouvera dans la combustion de 1 hydrogène ou « air infiammable » comme principal produit de la réaction du « calorique », leau n étant qu un produit secondaire. Pour Lavoisicr et Laplace, au contraire c'est la formation de leau qui est le phénomène essentiel, la chaleur dégagée n'est (|u un accessoire. Il s'est passé quelque chose d'analogue dans le cas qui nous occupe. La considération de la « quantité de mouvement » était essentielle au système de Descartes, pour qui ridée d'action et de réaction n'était pas encore parvenue à maturité. Sous linfiuence des travaux de Wren et de Huyghens, Newton était arrivé à comprendre l'importance de cette idée, en même temps que les quantités de mouvement lui semblaient de plus en plus accessoires. On comprend alors que le même phénomène, le choc des corps solides, étudié théoriquement par Descartes et ses disciples, les ait amenés à construire une mécanique toute qualitative et souvent erronée, tandis que Newton abordant le problème par la voie expérimentale en a tiré tout de suite le principe général de l'égalité de l'action et de la réaction, et avec ce principe toute la mécanique rationnelle.
Descartes ramenait l'idée d'action à l'idée de mouvement, c'est-à-dire au produit de le masse par la vitesse. Newton est le premier qui ait vu que le principe de l'égalité de l'action et de la réaction s'applique non aux mouvements, mais aux forces, c'est-à-dire au produit des masses par les accélérations.
LA PHILOSOPHIK DK NEWTON
L'existence des forces de réaclion se constate non seulement dans le cas de la dynamique, mais encore dans le cas de la statique. Si par exemple le doiij^t presse la pierre, la pierre exerce en même temps sur le doigt une pression égale et de signe contraire. Tout corps qui en tire un autre est en même temps tiré par cet autre. « Si un cheval tire une pierre par le moyen d'une corde, il est égaltMnont tiré par la pierre. Or la corde qui les joint et qui est tendue des deux côtés, fait un effort égal pour tirer la j)ierrc vers le cheval, et le cheval vers la pierre' ». Dans tous les cas de ce genre, il y a équilibre de forces. Tantôt ces forces ne produisent qu'un effort statique, comme dans le cas du doigt qui 'presse la pierre sans parvenir à la déplacer. Tantôt elles s'exercent pendant le mouvement, comme dans l'exemple du cheval qui transporte la pierre. Dans les deux cas, le mot de réaction peut se prendre en un double sens. Ou bien on considère la force de réaction comme une cause qui s'oppose à l'action, ou on la fait résider dans ses effets qui sont inverses de ceux de la force imprimée. C'est la môme ambiguité que nous avons rencontrée lorsqu'il s'est agi de définir la force d'inertie. On pouvait se rangera l'opinion vulgaire qui envisage la force d'inertie comme une cause préexistante dans le corps, ou adopter la délinilion de Newton, pour qui l'inertie est toujours consécutive à la force et révélée par les mouvements qu'elle produit. Il va sans dire que cette ambiguité est levée par Newton de la môme manière lorsqu'il s'agit de la force de réaction et lorsqu'il s'agit de la force d'inertie. La force de réaction n'existe pas dans les corps comme une réalité antérieure au mouvement. Nous observons seulement que certaines conditions font naître dans les corps qui se touchent des mouvements inverses, et comme la mesure de ces mouvements se fait toujours par des nombres contraires, nous disons que les uns sont le signe d'une action, les aulrcs. le signe d'une réaction.
On voit que le principe de l'égalité de l'action et de la réaction est au fond la définition précise du mot réaction, comme le principe de l'inertie est la définition précise du mot force. La force telle qu'elle est admise du vulgaire ne serait jamais.