‹ La philosophie de Newton [microform]Chapitre 88 sur 208 · Principes, L. I, Lois du mouvement, p · texte numérisé non relu

Principes, L. I, Lois du mouvement, p

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ne pouvait procéder autrement qu'en repérant le pendule au point le plus haut et le plus bas de sa course, quoique en opérant de la sorte il fût sûr de mesurer autre chose que l'action de la seule pesanteur. La résistance de l'air intervient ici pour une part notable, et rien ne prouve que d'autres influences ne contribuent pas à modifier le temps d'oscillation du pendule. Il existe des causes pertubatrices tantôt connues, mais non mesurables, tantôt entièrement inconnues, qui se mêlent toujours à la cause dont nous voulons étudier l'effet. C'est la difficulté que nous avons déjà rencontrée à propos de l'action et de la réaction. Comment donc tirer de l'observation d'effets complexes une loi se rapportant à l'action d'une cause unique > . Cela ne peut se faire qu'en prenant l'effet global comme approximation première et en lui appliquant des termes de correction.

C'est ici qu'intervient la méthode si curieuse de Newton pour éliminer, par des corrections de mesure, l'effet de causes perturbatrices inconnues. Dans le cas du pendule qui tombe, nous observerons le lieu où il revient après une oscillation complète, et l'écart de ce point par rapport au point de départ donne une idée de la résistance de l'air pendant la durée d'une oscillation. De la sorte, bien que le mécanisme de cette résistance et des causes perturbatrices accessoires nous soit entièrement inconnu, il nous est possible d'en éliminer l'effet par une méthode de moyennes. Il existe donc un moyen de corriger les erreurs systémaliques par la répétition des expériences mômes. Une telle correction est indispensable si nous voulons que nos nombres correspondent à une réalité définie. En la négligeant,^ nous aboutirions à des lois d'apparence simple, mais dont l'inexactitude apparaîtrait dans les conséquences qu'on en aurait tirées. En éliminant au contraire dune façon méthodique toute erreur systématique, il pourra se faire que nous donnions à nos lois une apparence plus compliquée, du moins nous serons sûrs qu'elles sont valables à la précision près de nos mesures. En somme les principes de la mécanique rationnelle sont et demeurent pour Newton des principes approximatifs. Ils expriment des relations assez grossières que l'expérience a vérifiées jusqu'ici. Mais si nous les établissons, comme le fait Newton, en observant toutes les règles de la méthode

expérimentale, nous sommes assurés que s'ils sonl destinés à se modifier, du moins ils ne se démentiront pas.

Si l'on veut apprécier l'originalité de la mécanique de Newton; il convient de la rapprocher de la science de son temps, particulièrement de la mécanique cartésienne et de la mécanique de Leibniz.

Le cartésianisme avait prétendu donner une explication de l'univers par les seules forces de la raison. Il n'avait pas besoin d'autres principes que des axiomes mélapliysiques pour arriver à construire un monde de tous points semblable au notre. Puisque toute matière est une forme de l'étendue, et que l'étendue est une idée distincte, il est possible, par la voie géométrique, de créer avec certitude la science de la matière.

Cette science avait aux yeux de Descartes une importance tout exceptionnelle. Avec la médecine et la morale, qui d ailleurs en dépendent de mille laçons, elle est une des rares sciences vraiment fécondes, c'est-à-dire qui puissent améliorer la condition humaine. H est donc naturel que Descartes y ait apporté les plus grands eiïorts, et nous savons qu il a composé un « Traité de la Mécanique » ^ où la théorie des machines simples est étudiée de très près. H faut rendre cette justice à Descartes que l idée mécaniste se rencontre dans tous ses ouvrages. 11 insiste sans cesse sur la possibilité d'une explication purement cinétique de l'univers, et la « théorie des tourbillons » est à ses yeux la forme la plus parfaite d une telle explication.

Mais il est remarquable que la mécanique cartésienne, malgré la rigueur de ses idées directrices et le caractère systématique de son développement, réponde si peu à l'idée que nous nous faisons d'une mécanique rationnelle. Elle comporte une foule de démonstrations vagues, où l'allure générale des phénomènes est expliquée d'une manière purement qualitative. C'est le cas de la théorie de l'arc-en-cieP, c'est le cas aussi de la théorie des aimants. Cette insuffisance pratique de la mécanique cartésienne tient sans aucun doute à son caractère abstrait. Elle procède par déductions pures, et les axiomes dont elle s'inspire lui sont communs avec la logique et la théo-

i. Descaries, ŒuvreSyEd. Cousin T. V.

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