‹ La philosophie de NietzscheChapitre 7 sur 51 · LV. CAItACTiinE DE M LTZSC:! K · texte numérisé non relu

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lianisine eu qui il croit deviner des âmes d'esclave, sur Luther dont il déteste la rusticité de paysan, sur la Révolution française, sur tout le mouvement démocratique ou féministe, socialiste ou anarchiste de l'époque moderne, sur l'Empire allemand et la culture allemande contemporaine. Ce qu'il pardonne le moins, c'est le manque de « distinction » physique, intellectuelle ou morale, l'absence de tact, le mauvais ton. Son goût est, sous ce rapport, singulièrement exigeant et raffiné. Ces analyses morales aboutissent presque toujours à la constatation que tel ou tel sentiment est « noble » {pornehm) ou non. S'il méprise la vanité, c'est parce qu'il trouve une âme d(! valet à celui qui, pour s'estimer lui-même, a besoin de l'approbation des autres. S'il condamne la pitié, c'est parce qu'il trouve qu'une âme noble doit cacher ses misères et, par suite, ne pas chercher à voir celles d'autrui ou rougir si elle les découvre. par hasard ; demander de la compassion est donc un manque de dignité, en témoigner un manque de tact. La vérité même, que pourtant il recherche avec passion, il ne la veut ni indiscrète ni brutale : il croit qu'elle cesse d'être vérité si on lui retire son voile ; il estime qu'il est décent de ne pas tout vouloir comprendre, voir et toucher ; il cite ce mot d'une petite fille à sa mère : <t Est-il vrai que le bon Dieu soit partout? Mais je trouve cela inconvenant ! » Loin d'être un cynique, comme on l'a si souvent dit et répété, il comprend et honore les pudeurs d'âme les plus délicates. Voici, par exemple, l'analyse psychologique qu'il donne de ce seiitiment instinctif qui pousse toute âme profonde à se dissimuler aux yeux de la foule sous un masque qui voile ses traits véritables :

« L'orgueil et le dégoût intellectuel de tout homme qui a beaucoup souffert... cet orgueil de l'élu de la science, de Vinitié qui est déjà à demi sacrifié, a besoin de mille déguisements pour se préserver du contact des indiscrets, des miséri-

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cordieux, de tous ceux qui ne sont pas ses égaux dans la douleur. La profonde soufirance anoblit : elle crée des distinctions, l'un des déguisements les plus ingénieux est l'épicurisme joint à une ostensible vaillance de goût, qui prend légèrement la souffrance et se met en garde contre tout ce qui est triste et profond. Il y a des « hommes sereins » qui se servent de la sérénité, parce qu'elle les fait méconnaître : — ils veulent être méconnus. Il y a des « hommes de science » qui se servent de la science parce qu'elle donne une apparence de sérénité, et parce que le fait d'être un « esprit scientilique » laisse supposer qu'on est une âme superficielle : — ils veulenl provoquer cette conclusion erronée. Il y a des esprits libres et hardis qui voudraient cacher aux yeux de tous qu'ils sont des cœurs orgueilleux mais brisés et inguérissables (le cynisme d'Hamlet, ie cas de Galiani), et parfois la folie elle-même est le masque sous lequel se dissimule un savoir pessimiste et trop sûr de lui. — D'où il suit que c'est un devoir d'humanité rafiinée de respecter les « masques » et de ne pas faire hors de propos le psychologue et le curieux *. »

Citons encore, dans le même ordre d'idées, cet autre aphorisme :

€ Passant, qui es-tu ? Je te vois aller ton chemin, sans sarcasme et sans amour; avec des yeux indéchiffrables, humides et tristes comme une sonde qui revient, toujours inassouvie, des profondeurs de l'abime à la lumière du jour (que cherchait-elle là au fond ?) — avec une poitrine qui ne soupire pas ; avec une lèvre qui dissimule son dégoût; avec une main lente à s'allonger : qui donc es-tu ? qu'as-tu fait ? Repose-toi ici : ce lieu est hospitalier pour tous ! Qui que tu sois : que désires-tu à présent? que voudrais-tu pour te réconforter ? Dis-le-moi : tout ce que je possède, je le l'ollVe!)) — «Pour me réconforter? Oh curieux, que dis-tu là ! Mais donne-moi, je t'en prie, » — « Quoi ? quoi ? achève !» — « Encore un masque, un autre masque^ ! »

Ces analyses dùlicales d'un état d'àme rare pcul-élre, ni.iis qui nous parait si profondcmenl vrai ci vécu, ne sont

(1) \y. VII, 2.j8 s.

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