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CHAPITRE II

LE SUPRÊME INTELUGIBLE, UNITÉ ET ORIGINE DES IDÉES ET TERME DE LA DIALECTIQUE

1. Hypotbèse des idées innées. Son caractère mythique. — II. Restauration DE LA PREUVE DIALECTIQUE DB l'eXISTENCE DE DiEU PAR

l'Unité intelligible, supérieure aux contraires. — Cette Unité est-elle pour Platon virtualité pure, actualité pure, ou un terme supérieur aux deux à la fois 1 Examen de l'antinomie entre la puissance et l'acte. — Supériorité de la conception platonicienne et alexandrine sur la conception aristotélique. Les Idées ou raisons intelligibles sont pour Platon les puissances de la réalité absolue.

I. Nous avons vu Plalon chercher l'origine des idées dans l'intuition d'objets supérieurs aux sens et à la conscience, que saisirait la raison. Ces réalités intelligibles, par opposition aux réalités sensibles, sont la vérité absolue, la cause absolue, la substance absolue, l'infini, le parfait. Dieu même aperçu en quelque sorle sous divers aspects à cause de son rapport avec les choses sensibles. C'est à Platon que se rattachent les partisans des notions innées.

Un premier sens de l'innéité consiste dans l'hypothèse d'idées latentes en nous dès la naissance et qui, de confuses, deviendraient claires par l'usage. Socrate admettait •^ qu'apprendre, c'est trouver en soi les idées et les enfanter comme par une maïeulique intellectuelle. De même, Pla-

Ion dit souvent qu'apprendre, c'est se ressouvenir et re- Irouver en soi le inonde des idées. A cette première forme (le la théorie, qui est toute mythique, on peut objecter : — Rien ne prouve, rien ne permet de supposer que nous ayons des connaissances toutes faites en venant au monde ou même dans le sein de notre mère ; la conscience et la mémoire ne nous en disent rien. Si l'idée innée est un élément constitutif de l'intelligence, comment échappe-t-elle à la conscience que l'intelligence a d'elle-même ? Comment l'intelligence ne voit-elle pas ce qui la constitue ? — Descartes donna une forme meilleure à la théorie des idées innées et leur substitua des prédispositions innées. L'élément a priori reculait ainsi de plus en plus. C'est l'idée, avait dit d'abord Platon avec Socrale. Mais une idée n'est point a priori : elle résulte, soit d'une action étrangère qui l'a mise en nous, et alors elle est reçue a posteriori du dehors; soit de notre action propre, et alors, comme Aristote le veut, c'est cette aclion, non son produit, qui est a priori. La disposition à concevoir l'idée, disent Descaries et Leibniz, voilà ce qui est a priori^ comme la disposition à se détendre dans Tare tendu. Mais une disposition suppose également, soit une habitude reçue du dehors a posteriori^ soit une action qui l'a produite, et qui, encore, sera a priori. Quelle est donc cette action? — Selon les platoniciens, c'est une intuition des réalités intelligibles. Mais la même objection reparaît : celte intuition, en définitive, n'étant pas, selon les partisans des idées innées, une conscience de soi-même, une réflexion du sujet pensant sur soi, ne peut être qu'une perception d'objets transcendants. Par cela même, elle est encore a posteriori ; la perception rationnelle offre un caractère de fatahlé et de nécessité subjective tout à fait analogue à la perception sensible. Dès lors, que gagnons-nous à cette seconde sorte de perception et d'intuition? Ne tombe- t-elle pas sous l'objection d' Aristote aux Idées platoniciennes? — Pour expliquer les idées du monde sensible, Platon y ajoute les

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idées du monde iiUelligible; il ressemble à quelqu'un qui, ayant un certain nombre de choses à compter, croirait rendre l'opération plus facile en doublant ce nombre.

Y a-t-il du moins une différence de nature entre les phénomènes perçus par les sens et les idées perçues par la raison? A vrai dire, les choses en soi sont encore des phénomènes, cpatv(5|X6vot, puisqu'elles sont saisies par une perception qui, pour être supérieure, n'en est pas moins extérieure. Des choses en soi, — dit Kant, pénétrant dans la pensée d'Aristote, — qui deviendraient pour nous un objet d'intuition ne seraient plus que les phénomènes d'elles-mêmes.

On dira que les objets de la perception rationnelle, comme la cause, la substance, etc., ont un caractère d'universalité. Mais comment pouvons-nous le savoir? La perception ou intuition d'une chose universelle est contra-r dictoire et impossible, caria perception, comme l'a montré Aristote, indique quelque chose de particulier et de déterminé; et l'universel indique un objet indéterminé ou illimité. Mais admettons que la perception de l'universel soit possible. Saisir un objet universel, ce ne serait pas encore saisir, disent les kantiens, un objet nécessaire. Quand même, par exemple, nous pourrions percevoir l'universalité ou la totalité de l'espace, c'est-à-dire l'immensité, il ne s'ensuivrait pas encore que l'immensité fût nécessaire : de ce qu'une chose est partout et toujours, il n'en résulte point qu'elle ne puisse pas ne pas être. La néces^ site interne ne permettrait pas le passage de la nécessité subjective à la nécessité objective qu'admettent les partisans de l'innéité.

Il en résulte celle conséquence que la réalité de ces objets saisis par l'intuition rationnelle demeure pour nous incertaine. Nous pouvons nous demander si nous ne sommes point dupes d'une illusion et d'un rêve, si nous ne sommes point encore dans la caverne des ombres, en croyant apercevoir des objets intelligibles. La nécessité

subjective avec lacpielle ils s'imposent à nous peut être la nécessité d'une illusion provenant de notre constitution même. Gomment le prisonnier de la caverne saurait-il si son intuition répond à la vraie nature des objets? Pour cela, il faudrait qu'il pût comparer son intuition avec les objets tels qu'ils sont indépendamment de cette intuition : problème insoluble. Nous ne pouvons pas sortir de nous pour voir si les choses sont hors de tiotn* rsjtril œinrm^ elles sont dans notre esprit. De là, rimpussilnlilè d'iiflirmer ou de nier le monde intelligible si ce monde nous csl extérieur.

Si les objets de la perception ration Qelle deuieureiiL incertains, parce qu'ils sont hors de nous ol triiiise^MnInnls, ceux de la perception sensible auront -ils du moiiîs ^Nigné quelque chose? — Les kantiens répojKienl ncgnIiveineiiL* Quand on a placé une substance inacct-ssibl*^ dnnièn; les phénomènes, les phénomènes restent dîuis h mt^nie Mni. Le lien qu'on suppose entre les phénoiaènt'S sensilleîî et l'unité intelligible ne relie pas les phcjioTiiènes t*ntre eux. Les phénomènes demeurent toujours^ dispersés el disséminés. Ainsi donc, au dehors, de nous?, des ombres sensibles; au-dessus de nous des reflets intelligibles; en nous, une nécessité de percevoir les uns et les auLi(!s qui n'est peut-être qu'une illusion ; voilà ce que semble dcveiiii la connaissance dans l'hypothèse d'une iiikiition d'oltjets intelligibles *. La théorie des idées innées, alusi euleudne, ne serait qu'un empirisme transcendant ajouté à Tempirisme ordinaire : on supposerait une expérience d'nbjets absolus, infinis, éternels, el on l'ajouterait à l'expérience des objets relatifs, finis et passagers. Cette expérience ^ nous l'avons vu, est une pure hypothèse, et, de plus, une hypothèse contradictoire.

On ne saurait donc accepter Vinluition efes Idées comme telles, qui n'est qu'une représentation symbolique. Même

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