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puissance. Mainlenaul, prétend-on que ces rayons sonl virtuellement dans un centre qui lui-même est exclusivement virtuel'^ alors rien n'en sortira. Tout étant |K)Ssible sans qu'il y ait rien de réel, les choses demeureront éternellement possibles sans être ; ou plutôt, rien ne pouvant être, rien ne sera possible. Donc les diverses perfections des êtres doivent, d'après la dialectique, être contenues virtuellement dans un centre réel et non dans un centre virtuel. Il faut tout réduire, selon le Philèbej non à l'unité stérile du non-être, mais à l'unité féconde de l'Être.
Au fond, les deux doctrines qui sont en présence peuvent se ramener elles-mêmes à l'unité, pourvu qu'on entende les termes de la question à la façon des néoplatoniciens, (kux qui parlent de la virtualité première ne veulent pas dire sans doute un pur néant, mais une puissance qui puisse véritablement être et se réaliser, une puissance que rien n'empêche de se produire, que rien ne rende impuissante ; sinon, ce ne serait plus la puissance pure, et on y mêlerait quelque action limitante qui lui ferait obstacle, quelque acte qui s'opposerait à elle. La pure puissance est donc bien une puissance absolue, sans acte limitant et sans obstacle. Mais alors, quelle différence et quelle distance y a-t-il entre cette puissance absolue et l'acte absolu ? Puisque réellement elle peut être et que rien ne l'empêche d'être, il est clair qu'elle sera, ou plutôt qu'elle est éternellement. Le moment de la pure possibilité n'est donc qu'une abstraction logique : la puissance absolue n'est pas d'abord réduite à n'être que possible, puis à être actuelle; car cela reviendrait à dire que d'abord elle ne pouvait pas, puis qu'elle a pu. Gela impliquerait, au premier moment, une action opposante, et au second une autre action triomphant de l'obstacle. Tout cela n'est point la puissance pure, vraiment puissante et vraiment une, d'où sortent tous les contraires. Ainsi, au fond, une virtualité complète est une réalité complète;
elle n'est virtuelle que par rapport à ce qu'elle peut produire d'autre que soi dans le temps et dans l'espace ; mais, considérée en soi, dans son unité supérieure à toute multiplicité de temps et de lieu, elle est nécessairement connue comme réalité immédiate. L'être qui n'a besoin que de soi-même pour exister, ayant la puissance complète d'être ce qu'il est, est actuellement et éternellement ce qu'il est.
On trouve sur ce point, chez presque lous les philosophes, une véritable illusion d'optique. Beaucoup de métaphysiciens appellent pur possible une chose qui peut aussi bien ne pas exister qu'exister. Nous venons de le voir, cette prétendue possibihté pure est au contraire un mélange de possibihté et d'impossibilité ; elle suppose un équilibre entre les raisons pour lesquelles elle peut être et les raisons pour lesquelles elle ne peut pas être. Le complet possible n'est point ce mélange inerte, qui est au contraire impossibihlé et impuissance, et qui jamais ne pourra se déterminer sans une action extérieure capable de rompre l'équiUbre. C'est d'Aristote que vient cette notion qui, ce semble, a fait prendre le change à presque lous les métaphysiciens; c'est Aristote qui a représenté la puissance pure comme pouvant aussi bien ne pas être qu'être; et en croyant par là décrire la puissance, il a réellement décrit l'impuissance. Platon, au contraire, donnait à ce mélange indéterminé, à cet équilibre inerte des contraires déjà décrit par Anaxagore, les noms d'impuissance, de stérilité, de pauvreté (Trevtx). O' ii'^^st |iuinl là qu'il plaçait la vraie puissance avec tontes les puissances particulières qu'elle renferme : il jjîîii^aiL cas puissances, sous le nom d'Idées, dans le sein même de letre absolu, qu'Aristote devait appeler VaeLe pur. Aristote rejette comme contradictoire celte Lfiéorie des Idées ou des puissances actives : il seuil jle trop tenir à son principe logique de l'exclusion du moyen tejme, qui n'a réellement de valeur que pour les choses dérivées et
relatives, sujettes à la contradiction, et non pour l'Unité supérieure à toute contradiction; il ne voit pas que le point de coïncidence est en tout la réalité même, et que la réalité absolue est la coïncidence éternelle des contraires dans une perfection qui les produit sans les subir. Il exclut donc la puissance de l'acte absolu pour la transporter à la matière. Dieu, dit-il, ne peut pas; la matière peut. C'est confondre les extrêmes; et cette confusion, entrevue par les Alexandrins, par Spinoza et par plusieurs autres philosophes, s'est perpétuée sans qu*on ail osé mettre ouvertement une identité là où Aristole mettait une opposition. De nos jours encore on oppose la puissance pure et l'actualité pure, sans se demander si ces deux choses ne sont pas absolument identiques. Nous venons de le voir, le pur possible, sans mélange d'impossibilité, est actuel par cela même; car, s'il peut être, sans restriction, sans condition, sans rien qui le rende impossible, sans rien qui lui fasse obstacle, dites pour quelle raison il ne serait pas? Ou il peut absolument être, et alors il est; ou il n'est ])as, et alors il y a une raison qui l'empêche d'être. Ne l'appelez donc pas le pur possible, mais donnez-lui son vrai nom : l'impossible. Le vrai possible, pur et sans mélange, ou inconditionnel, doit être la réalité suprême que Platon a conçue comme enveloppant toutes les puissances par cela même qu'elle enveloppe tous les actes. Quant aux puissances dérivées, elles sont conditionnelles ; et c'est la réalité inconditionnée qui, avec une indépendance absolue, les conditionne les unes par les autres. Si, par exemple, la cause suprême n'a pas créé de toute éternité l'espèce-homme, elle n'en a pas moins renfermé de toute éternité dans son sein la puissance de l'homme; mais quelque condition, posée par elle-même, a ehipêché cette puissance de passer à l'acte immédiatement ou inconditionnellement; celte puissance dérivée n'était donc pas pure. La puissance vraiment pure renferme toutes les puissances relatives
-la.,
dans son activité absolue , toutes les virtualités dans sa réalité.
En définitive, il y a une raison commune de la réalité et de la virtualité, raison élevée au-dessus de toute réalité particulière et de toute virtualité particulière, qui doit être conséquemment l'unité parfaite de l'acte absolu et de la puissance absolue.
Cette Unité platonicienne est le suprême Intelligible auquel aboutit la dialectique et qui est supérieur à toute intelligibilité particulière comme à toute existence particulière. Ce n'est pas un intelligible qui serait intelligible sans être, et conséquemment inintelligible ; ou un être qui serait saris être intelligible, qui conséquemment n'aurait pas de raison d'être ni de raison d'être affirmé. L'intelligibilité et la réalité, comme la puissance et l'acte, coïncident dans l'Unité.
Il en résulte que l'Unité, pour Platon, est ce à quoi rien ne manque, le complet, l'achevé, en dehors duquel et sans lequel rien ne peut êlre ni intelligible ni réel. La pure intelligibihté n'est point quelque chose d*inachevé, de borné, que limiterait je ne sais quoi d'inintelligible; elle ne peut donc pas laisser en dehors d'elle-même, comme une chose étrangère et inintelligible, la réalité ou l'existence. La réalité pure, à son tour, n'est point quelque chose d'inachevé et d'incomplet que surpasserait l'intelligible, et qui par conséquent serait dépassé par un intelligible sans existence. Toutes ces oppositions fVirïloIIigiliilité et de réalité ne sont ni le pur intelligible ni h> \\uv réel, et appellent un terme supérieur vraiment pur, complet et achevé. Or, le « complet » n'est au Ire chose que le « parfait » ou le Bien.