‹ La philosophie de Platon (volume 2)Chapitre 47 sur 61 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

RESTAURATION d'uNE DOCTRINE DE LA PROVIDFACK SELON LE PLATONISME

. Examen du problème du mal selon l'esprit dn [^Udonisinr. Point de vue de la perfection. — If. Point i\e vue de i'ji1>soin.

I. Dieu, dit Platon, a fait l'univers aussi sriii[il;il>l<^ à luimême qu'il est possible; il est donc certain ^ju'il s rlmisi le meilleur des mondes. Cette conséquence, nous louons vu, n'est pas fondée sur une nécessité extéricîurr qui s1juposerait à Dieu, mais sur la parfaite indépeudaure Av VHro parfaitement bon. Rien ne peut empêcher une burilé ^^ouverainement libre de se montrer telle qu'elle est, t^Vst-îidire souverainement bonne. Mais alors comuieni crmiùlrrr la brutale évidence du mal, qui est partout duis liiuiveis^ avec l'Idée du Bien?

La réponse vr^iment platonicienne ou u<'u-plalinïi' cienne qu'on peut faire au problème du mti], e/efîl que, étant donné un être imparfait dont nous regrettons riiiiperfection, il suffit de regarder avant lui el après lui piiiir voir réalisée la perfection que nous voudrious tmuvi-i eu lui. En premier lieu, tout être imparfait soit d'uu Hn": plus parfait qui a réalisé déjà l'idéal du genr*-. Kn seeuiiJ lieu, tout être imparfait tend à devenir et deviemlm aussi

parfait que l'idéal réel, Tldèe, dont il est le produit; il deviendra même de plus en plus parfait, sans autres limites que la perfection absolue. Ainsi, dans les deux sens, derrière lui et devant lui, l'idéal de cet être est réalisé ; regretter l'imperfection de cet être, ce serait regretter l'existence présente d'un élément de plus dans le tout, et ce serait empêcher la perfection à venir de cet être. L'optimisme platonicien s'étend par là dans deux directions : il remplit de tout le bien possible la ligne descendante de la génération, qui fait sortir les uns des autres tous les degrés de perfection, et la ligne ascendante de l'amour, qui fait remonter l'imparfait au parfait. A voir l'univers en son ensemble, — dans son passé, son présent et son avenir, — il redevient l'image aussi parfaite que possible du monde idéal, « un Dieu engendré^ image du Dieu étemel, et comme lui complet ».

Le Bien suprême étant tout ensemble absolu dans son être et parfait dans ses manières d'être, ces deux caractères devront se retrouver au plus haut degré possible flans l'image de Dieu. Parlons d'abord de la perfection des qualités, sur laquelle Platon a insisté le plus, et demandons-nous, à ce premier point de vue, encore extérieur et abstrait, ce que peut être le meilleur et le plus complet des mondes. — Au-dessus de ce qui n'est pas la perfection suprême, on peut toujours, dit-on, concevoir une infinité de choses plus parfaites; si donc le monde n'est pas la perfection suprême, il n'est pas le meilleur possible; et pourtant il ne peut être la perfection suprême, car alors il serait Dieu. — Remarquons-le, on traite ici la perfection comme une quantité, infinie en Dieu et finie dans les autres êtres. On pourrait déjà contester la valeur d'une telle assimilation. Néanmoins, acceptons jusqu'à nouvel ordre cette manière de voir. Platon et surtout Aristote fournissent une première réponse à la difficulté par la distinction de l'enveloppement et du développement, de la virtualité et de la réalité. Si le monde

ne peut jamais être actuellement aussi bon que possible sous le rapport des qualités, il peut se rapprocher sans cesse de cet idéal; et alors il est gros de la perfection, comme l'âme humaine est grosse de la science; il possède, dirait Aristote, la perfection en puissance, sinon en acte. La question même, d'ailleurs, telle qu'elle était posée, contenait implicitement celle réponse. Qu'est-ce que le monde le plus parfait possiôlet — Celui qui contient en lui-même, comme possible, la perfection. Réunissez dans une unité immédiate et actuelle toutes les perfections ; cette unité ne pourra être que Dieu. Or le monde ne pouvait être Dieu; il fallait qu'il fût distinct de Dieu. S'il eût possédé l'unité actuelle des perfections, il eût été indiscernable de Dieu même. Donc il ne jmuvait posséder la perfection que sous la forme de la multiplicité dans l'espace et dans le temps. On arrive par cette voie à concevoir comme le meilleur des mondes celui qui acquiert successivement, dans le temps et dans l'espace, toutes les perfections simultanées dans l'unité et l'éternité de Dieu. Ainsi le monde ne pouvait du premier coup atteindre sa fin. Mais alors se présente une objection nouvelle. Dieu n'aurait-il pas pu, au point de départ, nous rapprocher davantage de notre fin; l'univers ne peut avoir actuellement la perfection suprême, mais ne pourrait-il être actuellement plus parfait?

Rappelons ici la thèse qu'ont soutenue les alexandrins ; nous y ajouterons l'antithèse pour la compléter. Les alexandrins répondent à l'objection précédente par la belle hypothèse de la procession, qui, ce semble, n*a pas été bien comprise . En premier lieu , les alexandrins n'eussent point accordé aux métaphysiciens modernes qu'il ne peut exister pour la créature un maximum de perfection possible, au delà duquel on ne pourrait plus concevoir que la perfection divine. Celte assimilation de la (juahté intensive à la quantité extensive, pour laquelle il n'y a point de maximum, leur eût paru contestable. Si,

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