‹ La philosophie de Platon (volume 3)Chapitre 18 sur 60 · INTRODUCTION XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXV

Tout ce qu'on peut dire, c'est que la conception de ridéal, de l'Idée, entendue cette fois comme modèle de ce qui devrait être^ n'est nullement chimérique, en ce sens qu'elle tend à se réaliser elle-même en se concevant. Les Idées ne sont pas seulement des principes transcendants; elles sont aussi, par l'intermédiaire de nos pensées et de nos désirs, des forces immanentes, agissant en nous et, par nous, dans le monde. L'idéal, entendu de cette manière, est le fondement de l'art, de la morale, de la politique même.

Aussi, en construisant une théorie des idées- for ces, nous croyons être resté fidèle à l'esprit platonicien, quoique nous ayons ramené l'idéal des hauteurs du monde intelligible dans le monde même du devenir ou de l'évolution. L'idée a, pour nous, une causalité, une efficacité sur la marche même des choses : elle se réalise en se pensant.

Ce point admis, et nous le considérons comme incontestable, les platonisants pourront en tirer des inductions relativement au fond même des choses, mais ces inductions demeureront des hypothèses. Et c'est seulement si on les ramène ainsi à une forme problématique que les plus hautes propositions du platonisme pourront encore se défendre. Ces trois équations fondamentales du platonisme ont pour objet, nous l'avons vu, de satisfaire notre besoin d'unité : unité du réel et de V intelligible, unité de Vintelligible et de V intelligence, enfin unité suprême du réel, de Y intelligible et du bon. Le besoin essentiel de la raison sera toujours Tunité : la philosophie

XXVI INTaODUCTION

tout entière est une dialectique aspirant à Tuniflcation finale du monde et de notre pensée. Seulement, on pourra toujours se demander, avec Kant, si ce besoin n'est pas tout subjectif, si son objet, Tunité, est réel. Le platonisme devient alors une systématisation des idées tout idéale et problématique; le noumène n'est plus qu'un problème^ et nous ne pouvons résoudre ce problème par le savoir \ nous ne pouvons que vouloir Tunité et la vouloir dans le bien. Le doute transcendantal restera ainsi toujours possible et même nécessaire. Un platonicien n'y pourrait répondre qu'une chose. L'en soi que vous supposez distinct de ce qui est dans la pensée , et peut-être sans unité réelle, est lui-même une conception de la pensée ; ce que vous opposez à la pensée incomplète, c'est au fond une pensée plus complète, plus universelle et plus une. Ce qui fait que vous doutez de votre pensée, c'est qu'il y reste de la dualité, de l'opposition, du désaccord. C'est donc bien à l'unité que vous mesurez l'objectivité même; dans la science, est objectif et vrai ce qui est lié et unifié; de même dans la métaphysique. Un système qui parviendrait à la concordance totale, à la complète unification, serait pour nous la vérité même. Le besoin subjectif d'unité est donc ce qu'il y a en nous de plus profond, et comme c'est à l'unité que nous mesurons la vérité objective, il en résulte que ce besoin subjectif est le besoin même d'objectivité. La dialectique demeure donc, en somme, la vraie méthode : le tout est de savoir quelle est la conception de l'ensemble des choses qui est vraiment capable d'unifier toutes

INTRODUCTION XXVîI

nos pensées, de les mettre d'accord entre elli^s et avec tous les faits. Si une telle unité était ulieinte, le doute transcendantal ne serait plus à craindre : ce qui est en soi se réconcilierait avec ce qui est dans la pensée^ et toute dualité, avec lo doute qu'elle engendre, s'évanouirait dans Tunité,

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