IV
La première conséquence de la relativité des effets par rapport aux causes, c'est donc la relativité des effets par rapport aux autres effets, c'est-à-dire la succession des antécédents et des conséquents, la yévediç de Platon.
Le second corollaire, c'est que la succession sera uniforme ou constante; en d'autres termes, que les mêmes conséquents sont liés aux mêmes antécédents. Et en effet, une fois toute liberté mise de côté, la relation qui a une fois existé ne saurait se modifier sans qu'il intervienne une autre relation. Un rapport étant chose sans activité et sans initiative, tant qu'on ne suppose pas l'initiative d'une activité, les rapports demeurent fixes : il n'y a pas de cause pour qu'ils changent; donc, si tout a une cause, ils ne changeront pas. Si la main peut seule mouvoir un réseau, aucune maille en son absence ne pourra changer. C'est l'àvayxY).
Mais, si T Uniformité est la loi des effets une fois qu'on a mis à part les causes, il n'en résulte pas immédiatement qu'elle soit la loi des causes mêmes.
Les principes de la connaissance empirique sont donc plutôt des conséquences que des principes véritables . Le déterminisme des raisons intelligibles et le déterminisme des effets sensibles expriment Tuniverselle relativité de tout ce qui ne contient en soi rien d'absolu , l'universelle passivité de tout ce qui n'est pas actif, l'universelle nécessité de tout ce qui n'a pas une volonté libre. C'est par l'expérience que nous apprenons qu'il y a autour de nous de l'inertie, de la nécessité, de l'uniformité. La nature pourrait ne pas être aussi uniforme. Les faits de la nature pourraient varier en fonction du temps, comme les faits d'habitude. Probablement même ils varient, mais d'une variation lente.
Ce que nous avons dit du déterminisme des antécédents relatifs et des conséquents relatifs, nous pouvons l'appliquer au déterminisme des moyens relatifs et des biens
relatifs. De même que nous avons distingué la loi des effets physiques et la causalité métaphysique, nous devons distinguer aussi la loi des moyens physiques, qui ne sont que les effets pris en sens inverse, et la finalité métaphysique, qui se confond avec la causalité même. La vraie fin serait celle qui trouverait sa fin en elle-même, qui serait par elle-même une fin. Or, cette fin absolue, idéale ou réelle, n'est autre chose que l'objet de l'amour et de la volonté, le bien.
Le principe suprême, en métaphysique, c'est le rapport de toutes choses à la volonté du bien. Tout a une cause ou est causé, tout est causé ou causant, cela revient à dire que tout est voulu ou voulant. En d'autres termes, tout est l'œuvre de la volonté; ce qui n'est pas voulu par un è(re est voulu par un autre, ce qui est passif en moi est actif dans la volonté qui le produit en moi, et ce qui est actif en moi vient de ma volonté même. Par là, nous concevons le monde entier sur le type de notre propre conscience; nous faisons des lois de notre constitution des lois pour le monde, et Tordre de dignité que nous établissons entre nos différentes fonctions, nous l'établissons entre les lois du monde : nous subordonnons la puissance à l'intelligence, l'intelligence à l'amour, c'est-à-dire tous les états inférieurs de la volonté à l'acte supérieur. En un mot, le déterminisme des effets n'exprime pas des nécessités absolues et définitives, mais des nécessités relatives et provisoires : il exprime la nécessité de l'action pour ce qui est passif. Le principe de causahté est l'affirmation que l'unité véritable des choses et leur dernière raison se trouveraient dans la cause digne de ce nom, dans une cause indépendante, absolue et absolument bonne.
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