‹ La philosophie de Platon (volume 3)Chapitre 31 sur 60 · IV · texte numérisé non relu

IV

Saissel notamment, à la théorie de l'intuition directe. Les principes, en effet, n'ont de sens qu'autant que les deux choses qu'ils lient sont dans l'esprit. Il faut donc commencer par prétendre que nous avons une véritable intuition lie l'infini, d'où nous jugerons que le fini suppose 1 iiïlitti, le relatif l'absolu, l'imparfait le parfait. La théorie de Cousin implique la présence en nous d'une idée supévmiT\^ nu monde sensible, mais elle n'explique pas cette itlt^i^ ri présuppose, soit une intuition préalable, soit un autre moyen de communication quelconque avec l'ab-

C'est d'abord dans Platon qu'on trouve la doctrine de la |K^ii?i^e intuitive, vôtictiç, opposée à la pensée discursive ou oiivî^ia, comme la contemplation immuable au mouveïiH>fit. Aux dernières limites du monde intelligible brille h' Bien, et la pensée, parvenue au terme de sa marche dia- Ict ti<jiie, aperçoit d'un regard immuable ce soleil immohili. 11 est difficile d'arriver là, dit Platon; c'est à grand' peine, [joyi?, que le regard de l'âme peut contempler son il i vin olijet; mais cette vue de la réalité n'en est pas moins W hui où aspire toute pensée. L'intuition n'est même pas soiih'iiient le terme de la connaissance; elle en est le comrncncr'fîient, puisque nous avons jadis contemplé l'essence divine, ïl nous en reste un souvenir vague, qui est sans (limle encore lui-même une vague intuition. Aristote, lui aussi, uu-dessus de l'activité laborieuse qui travaille pour khv h science, place l'activité immobile de la pensée qui re|>unle et qui voit; il déclare que cet acte éminent, dégagé :lr lEMïle entrave, exempt de tout effort, est vraiment parfait ei vraiment divin : c'est la pensée pure. La vision diit'cle est admise également par Malebranche ; non seulement, selon lui, nous voyons Dieu, mais encore nous voyous tout en Dieu. Le point de départ de sa théorie c'est (|ur iimte idée doit avoir un objet immédiat, et que, posîieiier l'idée, c'est par cela même posséder immédiatement l'olijeL L'idée de Dieu est donc Dieu même présent à

noire intelligence, comme une lumière qui, en se montrant, rend toutes choses visibles *.

Cette théorie platonicienne de l'intuition directe a donné prise, elle aussi, à plus d'une objection.

1° L'intuition se ramène- t-elle à la vue directe d'un effet produit en nous, d'un sentiment, etc. ; on retombe dans les objections contre le sens divin.

2° Cet effet permanent de Dieu sur nous est encore un simple phénomène comme les autres.

3° Rien ne nous assure de son objectivité, car toute idée n'a pas un objet immédiat, comme le croit Malebranche, et l'idée de perfection peut avoir été formée par nous, contrairement à la théorie de Descartes.

¥ Comment doutons-nous de la réalité de cette intuition, si elle est distincte? Et si elle est indistincte, comment savons-nous qu'elle existe? Il faut toujours revenir à quelque chose de distinct en nous, à un contraste saisissable entre nous, nos modifications et un troisième terme. Trouvons-nous donc réellement en nous ce troisième terme?

5® La vraie intuition ne peut être celle d'une existence autre que la nôtre; nous ne pouvons connaître intuitivement que nous-mêmes et nos actes ou modifications.

Aussi la théorie de l'intuition doit-elle subir un perfectionnement : au lieu d'une intuition de quelque chose d'extérieur à nous, il faut supposer l'intuition de quelque chose d'intime à nous-mêmes, intimior intimo nostro. On est ainsi amené à faire de cette intuition de l'absolu une réflexion sur l'absolu qui est en nous, et, en définitive, une conscience de l'absolu.

Déjà Aristote avait paru concevoir la pensée comme se saisissant en nous avec la dignité d'un principe universel d'où procède le monde. L'idéalisme subjectif représente

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