‹ La philosophie de Platon (volume 5)Chapitre 105 sur 138 · II. — Rapporl de la maiière à P espace · texte numérisé non relu

II. — Rapporl de la maiière à P espace

Dans le Timée^ Platon appelle l'espace le réceptacle de toutes les formes, et semble le confondre avec la matière. « Cependant, dit Aristote, il a défini autre- » ment la matière dans ses doctrines non écrites (1). » II y a en effet un rapport frappant entre l'idée de la matière conçue comme la possibilité de recevoir toutes les formes, et l'idée de l'espace qui les reçoit aussi d'une certaine manière. L'espace est une multiplicité infinie et en même temps réelle, qui rend possible la sépara-

(l) ?hy$., II, 2.

tion et la division des objets sensibles. En même temps c*est la condition du mouvement. Les deux caractères principaux de la génération, je veux dire la divisibilité et la mobilité, ne sont donc réalisables que dans l'espace. Platon a vu qu'il y avait un rapport intime entre l'idée de la possibilité du monde, qui est proprement la matière, et l'idée de l'espace. Le monde est éternellement possible, et l'espace peut éternellement le recevoir. Les deux idées sont si voisines qu'il n'est pas étonnant que Platon, dans le Timécy ne les ait point distinguées (1). On peut donc dire que, pour lui, l'espace est ou la matière même (c'est Topinion écrite) ou quelque chose d'inséparable de la matière (c'est la doctrine orale). La seconde hypothèse est la plus admissible, et s'accorde mieux avec l'ensemble de la théorie des Idées.

m. — Le monde, image des Idées.

L'hypothèse . du chaos exprime ce que serait le mouvement si l'âme motrice agissait indépendamment de l'intelligence. C'est une confusion idéale qui échappe à toute détermination positive, et dans laquelle il n'y a même pas de place pour la notion du temps ; aussi serait-il inexact de dire que le chaos ait jamais existé. En réalité, l'action de l'âme motrice, fatale et nécessaire en elle-même, ne produirait jamais rien de déterminé sans le concours de la pensée, qui dirige le mouvement sans en changer d'ailleurs la nature. Mouvement et pensée, nécessité et intelligence, telles sont donc les deux causes du

(1) Rappelons que Descartes a conrondu Tespace avec la matière réelief ce qui est plus étrange encore que de le confondre avec la matière indélerminée.

monde, au-dessus desquelles s'élève le principe suprême : le Bien. Dieu, qui est le Bien réel, produit au sein du possible, qui est la matière, une image de lui-même, en soumettant les lois motrices de Tâme aux lois ordonnatrices de Tintelligence.

L'image offre les mêmes caractères que le modèle. De même que le Bien universel comprend en lui-même toutes les essences intelligibles, de même le monde comprend tous les êtres visibles, c comme étant de la » même nature que lui (1). »

L'universalité implique l'unité. Comme il n'y a qu'un seul Dieu, il n'y a aussi qu'un seul monde. S'il y avait deux modèles intelligibles, c il faudrait qu'il y

> en eût encore un troisième où les premiers fussent

> renfermés comme des parties, et alors le monde » serait l'image, non pas de ces deux-là, mais de celui » qui les renferme (2). »

Dieu est simple et toujours semblable à lui-même. Le monde est composé, mais il imite par la simplicité et l'identité de ses formes la beauté de son modèle. Il a reçu de Dieu la forme sphérique, qui renferme en elle-même toutes les autres, et qui, ayant partout les extrémités également distantes du centre, est la forme la plus parfaite et la plus semblable à elle-même (3).

Dieu est immuable, et le monde ne pouvait l'être. Mais dans le mouvement même du ciel on retrouve l'immutabilité. Tournant sans cesse autour du même centre, il entraine dans sa révolution tous les mondes qu'il contient ; chacune des sphères célestes reproduit ce mouvement uniforme comme le mouvement de l'intelligence : c'est une pensée visible (4).

(1) Timée, 31, a. — lîO, tr. Cousin.

(2) Ib.

(3) Ib., 33, c.

(4) Ib., 34, a. De kg , X, 897, c, sqq.

Dieu est indépendant, absolu, et se suffit à luimême; le monde dépend de Dieu, mais de Dieu seul: € unique, solitaire, se suffisant par sa propre vertu, ^ n'ayant besoin de rien autre que soi, se connaissant

> et s'aimant lui-même (1). » Ce Dieu engendré, mais infini dans son avenir comme dans son passé, est rimage parfaite et bienheureuse du Dieu très-grand et très-bon qui repose dans son éternité (2).

Pour que le monde eût cette indépendance qui fait de lui comme\m second dieu, il fallait qu'il reçût de son auteur une intelligence et une âme en même temps qu'un corps. «Il n'y a aucun ouvrage plus beau qu'un » être intelligent, et dans aucun être il ne peut y avoir

> d'intelligence sans âme. En conséquence. Dieu mit

> l'intelligence dans l'âme, l'âme dans le corps, et il

> organisa l'univers de manière à ce qu'il fût, par sa

> constitution même, l'ouvrage le plus beau et le plus » parfait. Ainsi on doit admettre comme vraisem-

> blable que ce monde est un animal véritable doué

> d'une âme et d'une intelligence par la Providence » divine (3). »

(l) rîm., 32, a.

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