L*IDÉE, TYPE DE PERFECTION
Âristote, dans son traité sur la Philosophie^ où il résumait les leçons de son maître, exprime avec une admirable précision cette formule platonicienne qui rattache la perfection relative à la perfection absolue. € En général, là oii se trouve du plus parfait (et du moins j c'est-à-dire des degrés), là existe aussi le parfait. Si donc il y a dans les êtres tel être meilleur que tel autre, il faut qu'il existe aussi quelque chose de parfiiit, qui ne peut être que le divin (1). » Impossible de mieux dégager le procédé fondamental du platonisme, qui consiste à expliquer les degrés des choses, ou le mixte, par l'absolu et le pur, c'est-à-dire par le parfait. Nous l'avons vu, pourquoi disons-nous que Phédon est plus beau que Socrate? Est-ce seulement parce que nous le comparons à Socrate? — Réponse incomplète et qui ne pénètre pas au fond de la difficulté ! Cette comparaison de Phédon avec Socrate n'est elle-même possible que si une lumière supérieure vient éclairer les deux termes; je yeux dire cette lumière de la beauté absolue au milieu de laquelle nous apercevons tout ensemble Phédon et Socrate, comme deux ombres dans lesquelles l'obscurité n'est pas complète, et qui empruntent inégalement au soleil de la beauté une partie de sa lumière. Alors nous disons que Phédon est plus beau que Socrate, c'est-à-dire qu'il participe davantage à la beauté, mais sans la posséder tout entière. Ainsi donc la connaissance de la beauté relative a pour condition celle de la beauté absolue; et de même, dans la réalité, la première n'existe que par la seconde dont elle est l'imitation, c Là où se trouve le meilleur, existe aussi le parfait. »
(1) Ac'pi ^t irtpl tcGtcu Ih tcîc irtpt çtXcooçioïc*
KsiôXeu ^sp, Iv et; l«Tt rô P^atiov, hê tgutoic tvrl xal ri âptorov* Iml cuv lonv
— Simplicius, de Cœlo, {Ald.j 67, b.)
En résumé, la variété des choses sensibles est produite par le concours de deux termes : la matière pre^ mière et indéterminée, semblable à Tobscurité complète; la forme déterminante, ou type de perfectioDr analogue à la pure lumière. Le monde sensible est la région des ombres où la lumière se mêle à l'obscurité dans les proportions les plus diverses, où le parfait se reflète dans l'imparfait avec plus ou moins de netteté. La cause du mélange est le bien absolu, Tunité concrète qui enveloppe toutes les qualités positives, et non l'unité abstraite qui les exclut. Tel est le grand principe du platonisme : Identité de la perfection avec la détermination et par conséquent avec l'existence. C'est le parfait qui constitue le réel ; c'est le Bien, To âyaûov, qui est la source de toute existence ; et les différents aspects du bien par rapport au monde où il se reflète, les apparences diverses d^ l'unité par rapport à la multiplicité, ce sont les types éternels, principes de perfection, causes exemplaires de toutes choses ; ce sont les Idées.