‹ La philosophie de Platon (volume 5)Chapitre 16 sur 138 · L*IDÉE, TYPE DE PERFECTION · texte numérisé non relu

L*IDÉE, TYPE DE PERFECTION

détermination même pour un esprit borné comme l'esprit de Thomme, et qui exprime cependant la détermination la plus absolue et la perfection même de la science, t Je sais ! » Derrière ce mot, il n'y a rien ou il y a toutes choses ; il y a la simple possibilité ou la complète réalité de la science, l'absolu non-être ou l'être absolu. Mais dans aucun de ces deux sens ce mot ne s'applique véritablement à l'homme; car la science humaine n'est ni la pure indétermination et la pure possibilité de la science, ni la science parfaitement délerminée et réelle; c'est quelque chose d'intermédiaire, comme le mouvement entre le repos du non-être et le repos de l'être, comme le nombre entre l'unité du néant et Tunité de l'universel ; c'est un trait d'union entre la pure ignorance et la pure science, c'est un milieu entre rien et tout.

Ce qui est vrai de la science humaine est vrai de toutes les qualités ou vertus humaines ; et il en faut dire autant de la nature entière, mélange de perfection et d'imperfection.

Ce mélange, comme le montre fort bien le Philèbe, doit avoir une cause. Cette cause ne peut être ellemême un mélange, un degré particulier de perfection ou d'imperfection : car alors on ne sortirait pas du relatif et du multiple, et comme il n'y aurait aucune raison pour s'arrêter à tel degré plutôt qu'à tel autre, la pensée avancerait ou reculerait toujours sans pouvoir se fixer nulle part, sans se reposer dans l'absolu et dans l'unité. La cause du mélange doit donc être pure, simple, sans mélange ; et par conséquent elle ne peut être que l'absolue imperfection de la matière pure ou l'absolue perfection de l'Idée. Le matérialisme, qui choisit la première hypothèse, prétend faire sortir le plus du moins ; mais d'où peut

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venir ce surplus qui se trouve dans Tefifet, s*il n'est pas emprunté à la cause? Ne venant ni de la cause qui ne peut donner ce qu'elle n'a pas, ni de l'effet qui n'existe pas encore et reçoit tout de sa cause, ce surplus est évidemment sans cause. Donc, le matérialisme, après nous avoir annoncé qu'il nous découvrirait la cause du mélange, finit par la supprimer. Sans doute le plus est communiqué au moins, mais non par le moins. Si le monde est le développement d'un germe que la Pauvreté ou la Matière reçoit dans son sein, encore faut-il que ce germe fécondant y ait été déposé par la Richesse ou la Perfection. L'Amour, c'est-à-dire ce monde mobile qui aspire sans cesse au bien, et qu'un désir insatiable pousse au développement et au progrès, ne doit donc à sa mère, l'Imperfection radicale, que sa possibilité et la condition pcissi^^e de son existence ; mais il doit à son père, le Parfait, son existence réelle et son activité (1). Le matérialisme confond, par une erreur grossière, le réceptacle (sjcjiaYeîbv) (2) avec la vraie cause.

Si vous voulez trouver la vraie cause d'un être, ne regardez pas au-dessous de lui, mais au-dessus ; ne cherchez pas seulement d'où il vient, mais encore, mais surtout où il va ; ne vous contentez pas de regarder le sein qui Ta reçu, découvrez le germe fécondant qui lui a donné la forme et la vie. La vraie raison des choses, c'est le parfait ou l'Idée, qui est à la fois cause et modèle, ou cause exemplaire : atttov ^«pn- Jeiyp-ocTucov (3). Les degrés relatife du bien ne s'expliquent que par l'absolu du bien.

(1) Banquet^ SOS.

(2) Timée, 50.

(3) Procl., inParm. V, 133.

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