‹ La philosophie de Platon (volume 5)Chapitre 19 sur 138 · L*IDÉE, PRINCIPE DES GENRES · texte numérisé non relu

L*IDÉE, PRINCIPE DES GENRES

unité pe sont Tobjet ordinaire de la science humaine, du moins de la science discursive : Tunité pure n'est saisissable que dans Tunité de l'intuition, et la multiplicité indéfinie se conçoit indirectement par un raisonnement bâtard, à peine compréhensible. Les objets ordinaires de la science, ce sont les rapports, chose intermédiaire entre le multiple et l'un : tout rapport, en effet, suppose l'unité dans la multiplicité.

Entre les divers individus l'esprit saisit des rapports de ressemblance ou d'opposition. S'il considère les ressemblances isolément, en faisant abstraction des différences, l'idée ainsi obtenue -est générale.

Cette idée n'existe-t-elle que dans notre esprit, et ne suppose-t-elle rien en dehors de l'esprit lui-même ou des objets particuliers qui ont servi de termes à la comparaison?

Les genres ne désignent pas des individus, mais s'ensuit-il qu'ils ne désignent rien de réel ? Parmi les notions générales, il en est sans doute que l'esprit forme à son gré et qui semblent de pures fictions. Et cependant, même dans ces idées factices, l'esprit est peutêtre moins créateur qu'il ne le semble; peut-être une analyse plus profonde découvrirait-elle, même dans nos chimères, des éléments nombreux de réalité. La possibilité de concevoir une chimère suppose quelque principe réel d'où cette possibilité dérive (1). N'im-

(1) Nous ne laissons pas d*afQrmer d'une manière absolue les vérités que nous avons une fois découvertes, que les objets existent ou n'existent pas ; ce qui ne pourrait avoir lieu, si ces vérités dépendaient uniquement de Texistence des objets, et si elles ne subsistaient pas toujours comme des possibilités^ dont la réalité est fondée dans quelque chose d'actuel ou dans les Idées.

« Les scolastiques, dit Leibnitz, ont fort disputé de consianlid suhjecli, c'est-à-dire comment la proposition faite sur un sujet peut avoir une vérité réelle, si ce sujet n'existe pas.

porte ; accordons qu'il y a des notions tout artificielles, et considérons exclusivement celles que la nature même nous enseigne à produire, celles qu'on retrouve dans toutes les langues parce qu'elles existent dans tous les esprits. Cette universalité de certaines notions prouve qu'elles sont tout au moins des lois de la pensée et le résultat nécessaire du développement intellectuel. Ne sont-elles rien de plus, et n'y a-t-il absolument rien qui leur corresponde en dehors de nous? Gela est impossible; car comment la nature viendrait-elle se conformer d'elle-même aux conceptions de notre pensée? comment se soumettrait-elle aux lois de notre intelligence? Confiez à la terre le germe d'une fleur, et vous savez à l'avance que ce germe produira une fleur semblable à celle d'où il est sorti: jamais la fleur n'engendrera autre chose qu'une fleur de son espèce. Cette espèce n'est donc pas seulement dans votre esprit ; elle est dans les choses mêmes, et les lois de la pensée sont les lois de la nature.

Cependant, si les genres et les espèces sont dans les objets particuliers, il faut reconnaître qu'en

» C'est que la vérité n'est que conditionnelle, et dit qu'en cas que le sujet existe jamais, on le trouvera tel.

» Mais on demandera en quoi est fondée cette connexion, puisqu'il y a de la réalité là dedans qui ne trompe pas.

» La réponse sera qu'elle est dans la liaison des idées.

» Mais on demandera en répliquant où seraient ces idées, si aucun esprit n'existait, et que deviendrait alors le fondement réel de cette certitude des vérités étemelles ?

» Cela nous conduit au dernier fondement des vérités, savoir à cet esprit suprême et universel, qui ne peut manquer d'exister, dont l'entendement est la rég^ion des vérités étemelles. Et afin qu'on ne pense pas qu'il n'est point nécessaire d'y recourir, il faut considérer que les vérités nécessaires contiennent la raison déterminante des existences mêmes, eu un mot, les lois de l'univers. Ainsi, ces vérités étant antérieures aux existences des êtres contingents, il faut bien qu'elles soient fondées dans l'existence d'une substance nécessaire. i» {Nouveaux Essais sur Venlendement humain^ liv. IV, ch. 2.)

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