‹ La philosophie de Platon (volume 5)Chapitre 37 sur 138 · I. — Fariie préparatoire de la dialeelique, La purification · texte numérisé non relu

I. — Fariie préparatoire de la dialeelique, La purification

Il y a deux sortes d'obstacles au développement de l'âme : l'obstacle intellectuel, l'obstacle moral.

La purification doit d'abord délivrer l'esprit de ses erreurs et réfuter toutes les opinions sophistiques, c en montrant qu'elles se contredisent entre elles i-wr le même sujets dans les mêmes rapports et sous les

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mêmes points de vue (1). » La contradiction ouverte, la contradiction absolue est le signe même de Terreur. Le vrai philosophe peut et doit concilier les contraires, mais non les contradictoires.

Le résultat de la purification intellectuelle est le doute, commencement de la science.

La purification morale a plus d'importance encore. Un lien délicat unit le cœur à la pensée, et pour connaître, il faut aimer d'abord la vérité. L'homme ne s'élève vers le premier principe que par l'âme tout entière ; le prisonnier de la caverne, qui contemple des ombres, ne peut tourner ses regards vers la réalité qu'en retournant tout son corps à la fois, et l'œil de l'intelligence ne peut voir l'intelligible que si toutes les parties de l'âme s'associent à son mouvement : Çov hVn tÇ i(\yfy^ içepiaxTeov (2). Il y a Un obstacle à la science souvent plus invincible que l'erreur même: le vice. — Doctrine profonde et originale, qui prouve que le disciple de Socrate était loin de regarder la science philosophique comme une construction abstraite de la pure intelligence. Le véritable objet de la philosophie est le Bien ; l'âme ne peut s'unir à son objet que si elle le possède déjà imparfaitement en elle-même.

L'obstacle vaincu, l'âme est affranchie : elle peut commencer sa marche dialectique. Les liens du prisonnier sont tombés, il peut se tourner vers les objets qu'éclaire le feu de la caverne et s'élever ensuite vers un monde supérieur.

(1) Soph., 230, b.

(2) Rep, Ml.

II. — Les opérations logiques de la dialectique. Lldée, pfHndpe de la

définition.

Platon montre lui-même avec beaucoup de clarté, dans ces pages du Philèbe qne nous avons citées plus haut, l'accord qui existe entre sa méthode et la théorie des Idées. A ce rapport ontologique de l'un et du multiple, qui jamais ne cessera d'être et jamais ne cessera d' exister ^ correspond la vraie méthode, bien distincte des exercices frivoles où les jeunes gens se complaisent. € Il n'y a point et il ne peut y avoir de voie plus belle que celle que? j'ai toujours aimée... Il n'est pas malaisé de la faire connaître, mais il est très-difficile de la suivre. Toutes les découvertes où l'art entre pour quelque chose, qui ont jamais été faites, ne l'ont été que par cette méthode... C'est selon moi un présent fait aux hommes parles Dieux, apporté d'en haut avec le feu par quelque Promé- Ihée... [ce Prométhée pourrait bien être PythagoreJ. Toutes les choses auxquelles on attribue une existence éternelle étant composées d'un et de plusieurs,... il faut dans toute recherche s'attacher toujours à la découverte d^ une seule Idée i (c'est l'incluction, dont le résultat s'exprime dans la définition) ; c on trouvera qu'il y en a une ; l'ayant découverte, il faut examiner si après celle-là il y en a deux, sinon trois, ou quelque autre nombre (c'est la division) ; ensuite faire la même chose par rapport à chacune de ces Idées, jusqu'à ce qu'on voie, non-seulement que l'unité primitive est une et plusieurs et une infinité, mais encore combien d'espèces elle contient en soi [la méthode ne dort pas être une discussion vague, mais précise]. On ne doit point appliquer à la multitude

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ridée de l'infini [on ne doit pas déclarer du premier coup toute multitude comme infinie en soi] avant d'avoir saisi par la pensée tous les nombres déterminés qui sont en elle entre l'infini et l'unité. > Ces nombres déterminés sont les Idées, qui seules sont objet de science. Combiner vaguement Funité et la pluralité, ce n'est rien apprendre. € Alors seulement [quand on a déterminé par la définition et la division le rapport d'une chose particulière à l'unité] on peut laisser chaque individu aller se perdre dans l'infini. > Le particulier n'est pas, pour Platon, un objet de science, du moins en tant que particulier, parce que cette particularité résulte de l'infini ; mais au-dessus du particulier il y a les genres et les Idées, rapports précis et déterminés entre les objets et l'unité primitive ; ces rapports une fois trouvés, on peut négliger l'individu et le laisser se perdre dans l'infini. € Ce sont les Dieux qui nous ont donné cet art d'examiner, d'apprendre et de nous instruire les uns les autres (Sta^eyecôai). Mais les sages d'entre les hommes d'aujourd'hui font un à Caventurej et plusieurs plus tôt ou plus tard qu'il ne faut, ^près l'unité^ ils passent tout de suite à Vinfini^ et les nombres intermédiaires leur échappent. Cependant, ce sont ces in-^ termédiaires qui distinguait la discussion conforme aux lois delà dialectique de celle qui n'est que contentieuse(l). i> Platon distingue parfaitement sa mé-

(l) PhUeb., IG, D. Oî piiv waaatù, xfttTrowç trjmûv xoù ijpxi^tù ^m côtcùvTi;, TaÛTïiv çiia^v -reapEJocai», &i( iÇ ivè; p,tv xat tx icoXXûv gvt«v tôv «à Xif}(iiv«*v ewai, wÉpoç ^à xxi aimpioLv tv biOtcî; ÇuptçuT&y î/^ruv. Abv» cwv y^; TouTwv qGtw ^iflucoa{XDp.tvttv ait pecv xSw» «ipc icavroç Uérr^n 6t{UY6uç l>tnn* tùpin«w «yip ivcûcav iin ouv xaraXa&Bjuv, jtEtà jxiav 5uo, ti istùç tin, oxomîv, ft ^f jiTi, Tpiî; ii riva aXXcy dpie|Aov,... jts'xpi mp* âv tb xat' ipx«« *^ ï*'» ^« w xal itoAXà xai âmtpà ion (lovov t^u rt(, âXXà xai ém^a * tvv ^i tgû obntpw îÎMtv «p6ç TÔ irXiiOoc |i.w «poaç^ptw, «pw àv ti; tov àpi6p,ov oùtcu tsétra, Ttam^n

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thode dialectique de la méthode des Ioniens et de celle des Éléates. Il en fait voir l'originalité, qu'il fonde sur la conception des Idées. L'Idée est le moyenterme vainement cherché , qui résout toutes les difficultés de la science. Pour connaître Tharmonie universelle des choses, il ne faut pas s'arrêter à leur multiplicité infinie et s'y perdre comme les Ioniens, ni s'arrêter à l'unité et s'y perdre de nouveau comme les Êléates. L'école d'Élée devrait rester comme* abiniée dans son unité ineffable ; cependant elle a aussi sa dialectique, et entreprend aussi de discuter sur la pluralité. Mais la dialectique de Zenon et de ses successeurs passe sans intermédiaire de l'unité pure à la multiplicité pure, parce que son but est de tout confondre à la fin et de tout ramener à l'unité absolue. C'est là une dialectique nécessairement éristique, qui ne triomphe qu'à la condition de rester * dans le vague. La vraie méthode détermine les intermédiaires et se sert de l'Idée comme d'un moyen terme. « Part-on de l'unité, il ne faut pas jeter tout aussitôt les yeux sur l'infini, mais sur un certain nombre; de même, quand on est forcé de commencer par l'infini [par la considération du monde sensible], il ne faut point passer tout de suite à l'unité [qui est le principe suprême], mais porter les regards sur un certain nombre qui renferme une certaine quantité d'individus [genre ou espèce], et aboutir enfin à l'unité [comme le prisonnier de la caverne qui ne regarde le soleil qu'après a\oir vu son image et ses reflets multiples dans les objets]. » Platon

^ 70 âvttpcv pjfttvTX x^i^tvi tâv... Ot il vûv Tttv dvftpttmèv a&çol fv {Ai», ^««K svTix«»ot, xal ircXXà Oxrro<v xxt ppai^uTipcv irctoûai toû ^tovroç, {xtrà $k tô Iv i^iifot, tv6i»c* Ta ^i \Uooi, aOrcù; ixçiv'^fft ctç ^tauu;^<apt9Tai to ts ^(oXtxTueûç ^^v xat To îptffnxô»; TiUxç i7pciiTa6gii irpc; àXXiiiXcuç tcù; Xô^guc.

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donne pour exemple le musicien, auquel il ne suffit pas de savoir que la voix est infinie et en même temps qu'elle est une. Ce serait là une proposition vague et stérile, qui n'aurait rien d'instructif. Mais le musicien doit connaître les intervalles de la voix, leurs bornes, les accords qui en résultent, les rhy thmes et les mesures, qui sont des rapports déterminés et scientifiques. 11 en est de même pour le grammairien. « Quel rapport tout cela a-t-il à notre sujet? demande Philèbe. — Notre entretien, répond Socrate, a pour objet la sagesse et le plaisir... Ne disons-nous point que chacune de ces choses est une? Assurément. — Eh bien, le discours que vous venez d'entendre vous demande comment chacune d'elles

est une et plusieurs, et comment elles ne sont pas tout de suite infinies [bien qu'elles enveloppent, comme toute chose, l'infini]; mais comment elles contiennent Tune et l'autre un certain nombre déterminé, avant que chacune parvienne à l'infini. — Socrate, après nous avoir fait faire je ne sais combien de circuits... me paraît demander si le plaisir a des espèces ou non, combien et quelles elles sont(l). » Protarque n'aperçoit que la forme logique de la méthode; la portée métaphysique lui échappe. Mais Platon n'aurait pas fdiii tous ces circuits pour aboutir simplement à la généralisation et à la division formelles. Il a voulu faire voir que ces lois de la pensée résultaient des lois mêmes de l'existence. Au point de vue purement logique, les doctrines sur l'être résultent de la méthode employée par l'intelligence ; mais, au point de vue ontologique ou dialectique, c'est au contraire la nature éternelle des choses qui explique et légitime

^ (i)P/ii7Mt^.,sqq.

la nature des opérations intellectuelles. — c Tu dis très-vrai, fils de Gallias. En effet, si nous ne pouvons satisfaire à cette question sur tout ce qui est un, semblable à soi et toujours le même (l'unité primitive et les Idées), et sur son contraire (la matière indéfinie), aucun de nous, comme Fa montré le discours précédent, n'entendra jamais rien à quoi que ce soit (1). » Faire de plusieurs un^ c'est définir ; faire d'un plusieurs^ c'est diviser. La définition (qui implique la généralisation) et la division, sont en efiet les deux principaux procédés logiques que le dialecticien emploie ; et ces lois de la pensée sont en même temps les lois des essences.

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