‹ La philosophie de Platon (volume 5)Chapitre 38 sur 138 · I. — La division et l'induction · texte numérisé non relu

I. — La division et l'induction

La division ((ïiatpevtç) comprend tous les procédés analytiques qui découvrent la pluralité dans Tunité. Or, on peut descendre de l'unité d'un genre à la pluralité des espèces, ce qui est la division proprement dite ; ou de l'unité d'un principèà la pluralité des conséquences, ce qui est la déduction. Le Sophiste elle Politique contiennent les exemples les plus remarquables de l'analyse par genres et par espèces. L'analyse déductive, que Platon met en œuvre dans son Parménide avec une vigueur et une subtilité incomparables, fait pour les jugements ce que la division par espèces fait pour les notions. Comme la division par espèces, la déduction nous fait connaître les rapports de participation mutuellis des Idées.

La méthode de division a encore un autre avantage. C'est un moyen de vérifier la valeur de nos concep-

(l) PhU., t6. Cf. Phœdo, 266, o, b.

lions indépendamment de leurs objets mêmes. En effet, nos conceptions sont nécessairement fausses si les conséquences que l'analyse en déduit se contredisent ouvertement entre elles (1). Cette contradiction intime des notions suffît pour réfuter un système sans même qu^on ait besoin de consulter la réalité. Si au contraire nos conceptions s'accordent entre elles, il s'ensuit qu'elles expriment, sinon le réel, du moins le possible^ qui a toujours son fondement dans Texistence de quelque Idée. En géométrie, par exemple, la contradiction. indique un désaccord de la pensée, non-seulement avec la vérité, mais par là même avec la réalité. Au contraire, toute déduction exacte indique un accord, sinon avec la réalité actuelle des choses particulières, du moins avec la vérité éternelle, qui est elle-même la réalité suprême.

La méthode analytique a donc une valeur absolue comme moyen de réfutation, et une valeur relative comme moyen d'établir une doctrine; car elle en montre seulement la possibilité, relativement à une hypothèse préalable (2). De là la nécessité d'une méthode qui n'atteigne pas seulement les notions, mais les êtres eux-mêmes. La division et la déduction, absolues quand elles nie/i/, ne peuvent fournir aucune affirmation absolue tant qu'on ne les a pas fécondées par un procédé supérieur. Mais une fois que ce procédé les aura mises en possession d'un objet existant.

(1) Soph,, 230, b.

(2) Cl Si on venait à attaquer le principe que tu as posé^ ne laisserais-tu pas cette attaque sans réponse jusqu'à ce que lu eusses examiné^ toutes les conséquences qui dérivent de ce principe, et reoonnu tbi-méme si elles s'accordent ou ne s'accordent pas entre elles? » PhœdOy ioc. cit. Cette première vérification , à elle seule, serait insuffisante. Platon, dans la République j appelle lui-même hypothèses les principes non prouvés de la déduction.

tout ce qui était vrai de nos notions s'appliquera aux choses mêmes avec une égale certitude, et nous verrons la réalité se soumettre aux lois de notre pensée. Ce procédé supérieur, qui fournit à l'analyse ses principes, est l'induction, qui emprunte elle-même toute sa valeur aux Idées universelles (1).

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