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CHAPITRE III

LE BIEN, SUPÉRIEUR A l' INTELLIGENCE.

I. Le Bien n'est pas rintelligence. Gomment le Bien, par son unit* absolue (universalité et indivisibilité), est supérieur à la pensée, à la déllnition. Indétermination du Bien relativement à nous. — II. Comment le Bien, par l'infinité des déterminations do son être, est pour nous indéfiniment déterminable, Relour à la thèse et à i'antitbèse du ParmèniiU, •

1. L'essence et la vérité ne font qu'un; il n'y a point de vérité en dehors de l'essence: oîov Te &jv akffyiioiti Tuyeîv oj p//;5* oùGta; (1); l'essence cst la détermination considérée en elle-même; la vérité est la détermination considérée comme intelligible.

Or, la vérité n'est pas intelligible par accident, mais par essence : elle est donc éternellement entendue par l'intelligence, et c'est ce rapport qui constitue la Science en soi.

Le Bien est-il l'intelligence? — Platon a déjà répondu à cette question dans le Philehe; il la pose do nouveau et la résout de la môme manière dans la Képublique. < Tu n'ignores pas que la plupart des hommes font consister le bien dans le plaisir, et d'autiv> plus raffinés dans l'intelligence. Tu sais aussi que ceux qui partagent ce dernier sentiment ne peuvent expliquer ce que c'est que Tintelligence, et qu'à la Un ils sont réduits à dire qu'elle se rapporte au bien (:2). » Tel est, en eifet, le cercle vicieux de ceux qui placent

(1) ThééL^ 140, loc. cit. — Aristote dit également : *ïloe' «»<rw i: Ix» ToD Eivat, cuT(o X9it T^c àXriOftta;. {Met, II.)

(2) Hép., VI.

LF BIKN, SrPÉRlErR A L INTELLIGENCE. 407

le bien dans la science ; caria science ne se comprend pas par elle-même et suppose nécessairement un objet. C'est donc l'objet de la science, plutôt que la science, qui mérite d'être appelé le bien. Aussi demandez à ceux qui appellent bien la connaissance, de quelle connaissance ils veulent parler; et ils répondent: la connaissance du bien. « Oui, et cela est fort plaisant. — Et comment ne serait-il pas plaisant, de leur part, de nous reprocher d'abord notre ignorance à l'égard du bien, et de nou5 en parler ensuite comme si nous le connaissions. Ils disent que c'est l'intelligence du bien, comme si nous devions les entendre dès qu'ils auront prononcé le mot de bien. — Mais ceux qui définissent Tldée du bien par celle du plaisir sont-ils dans une moindre erreur que les autres? Ne sont-ils pas contraints d'avouer qu'il y a des plaisirs mauvais, et par conséquent d'avouer que les mêmes choses sont bonnes* et mauvaises (1)? > 11 ne s'agit pas seulement là du bien moral, du juste; mais du Bien en soi, qui est le principe de là justice comme de toutes les autres Idées. Ni le plaisir ni l'intelligence n'en épuisent la notion et n'en peuvent fournir la définition.

La vérité est que le Bien est indéfinissable. L'appeler le plaisir, ou même le bonheur, c'est le confondre avec son effet sur la sensibilité. L'appeler l'intelligence ou la. science, c'est intervertir l'ordre des Idées et mettre l'intelligence avant l'intelligible. De même, le Bien n'est pas le beau, car le beau est seulement la splendeur du Bien. Le Bien n'est pas le juste; car le bien moral dérive du Bien en soi, auquel il est inférieur en étendue. Le Bien n'est pas l'être, car si vous

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prenez ce mot dans son sens vague, il peut désigner des choses qui ne sont pas le Bien, et même des choses mauvaises ; et si vous le prenez dans son sens strict, il signifie alors que le Bien est TÉtre complet, rÊtre parfait, l'Être bon ; ce qui revient à dire que le Bien est le Bien. On ne peut pas jion plus définir le Bien par Y ordre; car Tidée d'ordre ne se comprend pas sans l'idée d'une fin en vue de laquelle les choses sont ordonnées, et d'un type d'unité qu'elles s'efforcent de reproduire au sein du multiple. Appeler le Bien la fin universelle, c'est le qualifier dans son rapport au mouvement du monde sensible ; ce n est pas encore le définir, car il reste à savoir quelle est cette fin à laquelle tend le monde. Enfin, dire que le Bien est l'unité, c'est exprimer le caractère dialectique auquel on peut le reconnaître, mais ce n'est pas le définir; c'est plutôt le déclarer indéfinissable.

Et on peut démontrer scientifiquement cette impossibilité de définir le Bien. Elle résulte premièrement de ce que le Bien est universel. Il n'y a donc au-dessus de lui aucun genre supérieur dans lequel on puisse le faire rentrer, comme une espèce caractérisée pai* des différences. Dira-t-on que l'Idée de l'être est plus universelle encore que l'Idée du Bien, et que la dialectique devrait aboutir, pour éviter toute inconséquence, à l'Idée de l'être abstrait et ^indéfini? C'est là une illusion de logique dans laquelle Platon n'est point tombé. Il avait distingue trop profondément, comme nous l'avons vu, le sens vague et le sens précis du mot être. Le Bien n'est pas l'être, au sens large et vide de ce mot, mais il est l'Être dans sa plénitude. Or, il ne faut pas dire que l'être en général, désignant l'imparfait comme le parfait, est supérieur par l'universalité à l'Être parfait; d'où il résulterait qu'au-dessus de

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