I. — Possibililé du monde
Le parfait existe, et il n'a pas d'autre raison d'existence que sa perfection même; le bien est, parce qu'il est le bien. Tel est le dernier résultat de la dialectique platonicienne, lorsqu'elle remonte d'Idée en Idée jusqu'au principe des Idées. Mais, après s'être élevée du monde à Dieu, elle doit redescendre de Dieu au monde ; c'est alors que la pensée se trouble, s'étonne, et est presque tentée de s'absorber dans l'unité absolue. Mais Platon ne pouvait le faire sans être inconséquent avec lui-même; n'est-ce pas le multiple qui lui a servi de point de départ et comme de point d'appui (1),
(1) OÎov jin€aoit; ti xal i^aon, /Î^'J).» VI.
pour s'élancer vers l'unité? Nier le multiple ce serait nier la dialectique elle-même.
Gomment donc le monde, multiple et imparfait, est-il possible, si Dieu est un et parfait ?
Pour résoudre ce problème, que nous avons déjà vu se poser à propos de la participation des choses aui Idées, mais qu'on ne saurait trop envisager sous tous ses aspects, il faut rappeler d'abord plusieurs principes qui ont pour Platon la plus grande importance, parce qu'ils résument toute sa théorie des Idées.
1"* Principe du f^P lii^re de là République : — Le possible a sa raison dans le réel. En d'autres termes, ce qui n'est pas ^ puis est^ ou le devenir, a sa raison dans ce qui est.
Un système métaphysique se caractérise par le rapport qu'il établit entre ces deux termes : la possibilité et la réalité.
Or, logiquement, il semble que le possible soit avant le réel : pour qu'une chose existe, il faut d'abord qu'elle puisse être, qu'elle ait une raison d'être. Rien de plus vrai en ce qui concerne les objets sensibles, et rien de plus conforme à la doctrine de Platon. La première démarche de la dialectique n'est-elle pas de montrer que le sensible, n'ayant point sa raison en lui-même, doit être possible avant d'être réel, et que sa possibilité est dans l'intelligible; dans l'Idée?
Mais ici se pose le grand problème métaphysique : L'intelligible, qui enveloppe la raison et la possibilité du sensible, est-il lui-même une simple possibilité, ou une réalité?
On sait avec quelle profondeur Platon a résolu la question. Pour lui l'intelligible, que nous appelons l'idéal, est la réalité même, la seule réalité. Si l'intelligible était abstrait, il n'expliquerait rien, il sérail