‹ La philosophie de Platon (volume 5)Chapitre 99 sur 138 · POSSIBILITÉ DU MONDE · texte numérisé non relu

POSSIBILITÉ DU MONDE

mort et stérile, et il faudrait dire que le sensible se suffit à lui-même, qu'il n'a pas besoin de l'int^ligible pour exister. Loin de nous une pareille pensée! Le suprême intelligible, le suprême désirable, leBienque poursuivent l'intelligence et l'amour, n'est point une pure possibilité abstraite, comme le non-être ou là matière : il est le fondement réel de toute possibilité. Ainsi se trouve renversée par la métaphysique la loi logique de nos conceptions. Ce n'est pas le possible qui est plus général, plus vaste que le réel, de manière à l'envelopper dans son universalité abstraite et indéterminée ; c'est au contraire la réalité suprême qui est plus étendue, plus compréhensive que le possible, et qui l'enveloppe dans son universalité concrète et déterminée. Il y a un être absolu qui fournit de son sein le possible et qui Tembrasse en luimême, comme le principe embrasse la conséquence. Cet être absolu est le Bien, père des Idées; et l'idée, qui est en soi une forme de la réalité, devient par rapport au monde un principe de possibilité. A ristote s'obstinera à ne voir en elle que ce second caractère, tout relatif à nous et tout logique, et il ne voudra pas admettre là réalité métaphysique des Idées. Mais ce qui est certain, c'est que Platon Ta admise : le point de vue essentiellement propre à sa doctrine est précisément cette absorption du possible logique^ de l'idée générale et abstraite, dans la réalité métaphysique de l'Idée. Ce sont les formes éminentes de la perfection qui rendent possibles les formes inférieures du monde imparfait ; c'est la plénitude de l'être qui rend possible le moindre être; c'est la détermination absolue qui rend possible la détermination relative : c'est le Bien qui produit l'essence (1). Si donc le monde existe,

(1) Voir plus haut, p. 67, 460.

c'est dans Tldée du Bien que se trouve la raison de son existence.

2** Principe du Sophiste : — Le devenir n est pas la négtLtion absolue de l'être.

Pour que le sensible et la génération soient possibles, il faut qu'ils ne soient pas la négation absolue de l'intelligible et de l'être. Sinon, on se trouve enfermé dans le Dieu des Eléates, sans pouvoir en sortir autrement que par une véritable contradiction.

Or, le sensible /l'e^^ poj l'intelligible ; mais, parce qu'il est autre, il n'en faut pas conclure qu'il en soit la négation absolue.

Qu'est-ce donc que le sensible ? un moindre être. Et l'intelligible ? l'Être. — Voilà pourquoi l'affirmation du sensible et l'affirmation de l'intelligible ne sont point contradictoires, comme Parménide et Zenon l'avaient prétendu. N'est-il pas évident que le plus renferme le moin^? Loin que le premier rende le second impossible, il l'explique et le contient en lui-même (1).

3» Principe du Parménide : — L'être un em^eloppe la pluralité des êtres particuliers.

Dans l'absolu, il y a la plus parfaite identité entre l'un et l'être. Mais il n'en est pas moins vrai qu'il y a là une dualité intelligible : l'ii/i, d'une part, et Vitre, de l'autre, apparaissent comme formant un tout, qui est la détermination ou perfection universelle ; et ce tout enveloppe nécessairement une infinité de parties, qui sont toutes les déterminations particulières, toutes les formes de l'être, toutes les Idées (2).

(1) Voir plus haut, p. 160, 230, sqq.

(2) « Cet un qui est, est un tout dont Tun et l*étre sont les parties.... et quelque partie que l'on prenne^ elle contient toujours, par la même raison, les deux parties : l'un contient toujours Tôfre, et Tétre toujoars l'un, en sorte que chacun est toujours deux et jamais un. —Assurément.

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