Phil., 30. Phxdt:, 245» c. Ph*d,, 13, 107, sqq
'«il
''•Il
immL-Jialemcnl. L'fime ilivine, por sa (écondité, produit
des àraes qui renferment en elles-mî^mes d'autres âmes et les engendrent à leur tour. Le Vivant universel comprend en lui-même toutes les espères d'animauï, comme l'Intelligence divine comprend toutes les Idées, La génération des âmes est un développetnent progressif el ciimme une chute des ."unes depuis Dieu jusqu'aux corps, où les nôtres se sont fixées. De même qu'une Idée se développe par l'analyse en une multitude d'Idées, de même l'âme divine engendre l'âme du monde, qui se divise pour laisser apparaître les âmes des astres; et celles-ci, se divisant encore, forment les fimes des animaux. Toutes ces âmes préexistaient les unes dans les autres, les plus particulières dans les plus générales; ce n'est pas une création qui les fait apparaître au moment convenable; c'est plutôt une sorte d'épanouissement de l'âme universelle, d'évolution de la vie, de spécification progressive, laissant voir peu à peu toutes les âmes qae Dieu avait réunies dans son sein.
Aussi l'âme en général est représenlée dans le Phèdre comme sans commencement et sans fm, parce que le mouvement lui-même, elTet de l'âme, n'a pas eu de commencement. Toutes les amcs individuelles ayant préexisté dans l'âme universelle, on peut dire qu'elles aussi partagent le privilège accordé au principe du mouvement.
Mais les âmes ont-elles; préexisté avec leur individualité et leur personnalité? Il est diflicile de le dire. On peut seulement affirmer qu'elles ont vécu déjà une multitude de vies, peut-être une infinité. Peut-être aussi ontelles existé d'abord virtuellement dans l'âme commune, el à ce moment elles n'avaient pas encore la personnalité ; ensuite elles se sont individuaUsées en entrant en rapport avec la matière dans des conditions favorables.
La pensée de Platon devait être indécise et flottanlc sur toutes ces questions, comme le prouvent les symboles
wmm
FSTCH0L06IK PLATONICIENNE
qu'il accumule pour se dispenser d'une explication scientifique.
Un des points tes plus obscurs de sa doctrine, c'est celui de l'incorporation des âmes. Pourquoi l'âine individuelle se sépare- l-elle de l'âme universelle, avec laquelle elle était primilivemenl confondue? On trouve dans Platon, comme le reniarque Plotin ', deux doctrines différentes. D'après le Phèdre, l'incorporation est une chute ou une conséquence d'une chute des âmes, ce qui est peu clair. D'après le Timw., Dieu lonce les âmes dans le monde réel el leur inspire le désir d'entrer dans les corps pour y déposer les formes et y allumer la llamnie de la vie. Celle doctrine est plus pi-ofonde et plus conforme au génie de Platon, i C'est une loi fatale, dil-il, qui fuit descendre les àmesdans le cor[is. » C'est donc une nécessité de leur nature et non un accident. Toute ^me individuelle existait primitivement el en essr^nce dans l'âme universelle, mais sans se CDnfondre avec elle; elle y conservait son caractère propre, sinon personnel. Or, par cela même qu'elle s'en distinguait, elle devait tendre et a tendu en effet à s'en séparer, pour se développer d'une manière indépendante. C'est dans ce mouvement d'expansion libre qu'elle s'est éloignée indéflnimenl de l'âme du monde, qu'elle a rencontré le principe opposé à i'àrae, la matière, et qu'elle s'y est établie après l'avoir informée. Celte rencontre est un effet naturel de la |)uissance de développement inhérente à ce qui se meut perpétuellement soi-même *. L'âme iudividuelle, étant comme l'âme universelle un principe fécond, tend à se développer extérieurement el à produire ; mais, comme elle est distincte de l'âme du monde, cette distinction, déjà réelle au principe, se marque davanlago el devient une vraie séparation dans le dé.eloppcnient. En cela les âmes ne font que suivre lu lui
Enn.. IV, VIII, 1 , 2, 3.
\'iiy. Vacliurot, École d'Alex-,, l. 1
Psychologie de Plotin,
autiintine, ([iii veiil que l'iiniti^ se iliwulo^ipe un miilltfiti-
cilo <'t ijufi Ih imilli]iliui revienne à l'iniilé.
litu' fuis (li'swnilin's dniiii In iniilii>re, les âmes se revêtant (le iliflTëi'entii corps suivnnL leur perreclion ptu.s ou moins gronde. Elles les iuiiineiil el leur impriment leur fonne, jusiin'i'i ce que le mn)[iusé malerii't, inium'iitanénienl sdumis ù leur nl^tilm, se dissolve enfin par la murl. L'iUiiB, ainsi séparée de. sou «orps, suivant qu'elle s'est pluK ou moins souillée au vonlact de la mulîèi'e, rentre dnns l'âme des astres ou anime des corps nouveaui. C'est la niélempsycose, qui est plus qu'un symbole cliej PInlini, «Mume le prouve sa doelrine de la j'éminiscence. Le muulirc des âmes, dit-il dans la ticpublique ', ne peut ni diminuer ni aii^-nu^nter; car, si le nombre des êtres immortels rlevemiit plus f^rand, ces nouveaux rires ne pourraicnl venir ijue du ce qui était uupanivaul mortel, et toutes cliuses deviendraient ainsi immortelles avec le temps. Hune le m un bru des âmes ne peut ehuufçer; el Je là bi néeessité de la mélompiiycose pour expltiiuer le ebau^enieut des riu;mes <d le mouvement de la vie. Li'àme passe d'un corps à l'autre et éprouve toutes sortes de changemenls * ; c'est un h<Me qui habile successivement plusieurs demeures sans se fixer dans aucune. Si la vie ne renaissait pas de lu mori, tous les èlres tomberaient kieiilot dans le néant, du muîufi tous les l'^tres qui appartieuueut au monde du temps et du changement.
Demandons-nous, en résumant cette doclnue sur l'âme, quel est son ra|iporl avec la tbéorie îles Idées el la dialeelitiue. Ke retrouvons-nous pas jusque dans l'bistoire de l'àme el de son origine les idées métaphysiques elières à Platon?
Le^ diverses âmes ont des caractères communs et uqq
î. toi>, X, 903. PhMir.. 24S, d. Ueno. 81. Polit. 271, c. Ptued., 61, a. Tim., ii. SO, e.
PSTCHOLOOIE PLATONICIENNE
définilion (lomroiine, qui est la puissance de se mouvoir 9oi-mf'me, In pnissiinrc i!(i lu raiisi! iictivR; donc il y a une Idée L'UM'iicHument oxislanliî à laqiielld toules les âmes poiiici lient. Cette Idée est une des perfeelioiis de la nalure divine et est à jamais réalisée dans l'élre complet. Conséqueinraenl, il y a en Dieu l'Idée de l'itme, l'Ame en soi, qui n'est pas seulemeul une (leuséo divine et un pur possilile, mais une porfeclion réelle et aoluellc, et par cunséqueut une âme réelle. L'Idée d'activité, c'est r activité même de l'être étemel.
Ainsi, de même que l'Idée de la science est la scienoe divine, l'Idée de l'âme est l'âme divine. Dans celle Idée, l'immobilité et la puissance motrice existent sous une forme éminente. L'âme divine, sans se mouvoir ellemême d'un mouvement réel, est capable de produire le mouvement au sein de la matière et de l'espace, et de réaliser ainsi la généra lion. Or éternellement Dieu connaît la possibilité d'iigir qui réaide on lui-même ai qui est son âme. Elernellement il conçoit que celle action est bonne et que les loiii motrices, combinées avec les lois de l'inlelligeiice, peuvent produire une rouvre belle et diyiie de lui. Elernellement il réalise ce qu'il a contju comme devant aboutir au bien, et il engendre au sein du pussible une image de l'âme divine, qui est l'âme du nionde, nourrice de la génération (itOiivii]).
Si l'âme du monde était simplement mnlriee, ce serait le régne de la Nécessité et du cbaos; mais Dieu réalise dans celte âme une image de l'intelligence, et alors, devenue une âme intelligente, l'âme se meut et meut toutes cliosoB d'un mouvement régulier; le temps, leg astres, l'ordre du monde, le cosmos, allestenl l'action conslanlc d'une âmeraisonnaMe.
L'Idée de l'âme, l'âme en soi, renferme en elle-même une multiplicité ialelligible d'autres âmes qui eu sont comme les espèces, les p;irlieâ, les déterminations diverses. De même l'âme du monde, pour être CQDforme à son
modèle, doit reiifermer virtuellement une multitude d'âmes porliculiÈres, distinctes entre elles sans être encore séparées. Or il faut que le principe universel Je vie développe tous les vivants^ tuutes les nmes iju'jl conticnl, alin que ['univers soit vraiment univers et que tout le possible soil réalisé. De là celte loi ffllule qui |>ou>Jse les âtnes particulières à se séparer de l'âme commune , à s'individualiser de plus en plus au sein des corps, à vouloir vivre.
Mais entre l'universel et l'individuel il y a le général, qui sert d'intermédiaire. De rame universelle ne peut pas sorltr inimêdiatemeiil telle ou telle âme humaine : ce serait contr.iire à l'ordre régulier et continu de l.i dialectique. Il faut donc interposer entre les deux extrêmes des termes moyens : ce seront les âmes générales attribuées à chaque astre; puis, dans ces âmes, d'autres moins générales, par exemple l'âme de l'humanité, l'âme virile, type de toutes les âmes inférieures *. L'.'ime virile contient en elle-m?rae les formes de l'âme femelle el du reste des animaux, qui n'en sont que des images plus ou moins imparfaites i Les animaux eurent tous la même naissance, dit Platon, et reçurent d'abord la même forme [celle de l'âme virile], pour qu'aucun d'eux ne pût accuser les Dieux d'une injuste répartition. » Dans l'àrae générale de rhumanllé se développèrent les âmes individuelles : d'abord celles des hommes, puis, par des chutes successives, celles des femmes et des autres, animaux-
On voit que la chute des âmes est comme une dialectique descendante, qui va de l'universel au général et du général au particulier. Si nous remoutons cette échelle dialectique, nous trouverons au premier degré les âmes individuelles, au second le type général de l'àrae virile, puis les âmes générales des astres, puis l'âme universelle