LE PRINCIPE DE LA MATIÈRE INDÉFINIE
La formule logique et métaphysique de l'Héracliléisme, qui ne put manquer de frapper vivement Platon, était l'universelle contradiction (ÈvavTidtïiç) et l'unité des contraires, y compris celle de l'être et du non-être. » Nous sommes et ne sommes pas, disait Heraclite; nous descendons et ne descendons pas dans le même fleuve *. » — € C'est encore ce que nous lisons dans l'obscur Heraclite : unis tout et non tout, ce qui se joint et ce qui se sépare, le consonant et le dissonant; et fais de tout un et d'un tout '. » C'est à Heraclite que Platon fait allusion dans le Sophiste ', quand il parle de ces Muses qui nous montrent toutes choses se réunissant en se séparant (Statpepofuvov âtl oujxfgpsTat). Il le cite, dans le Banquet, comme faisant dériver l'harmonie de l'opposition de l'unité avec elle-même; « tout, ajoute-t-il, en se divisant se réunit, comme l'harmonie de l'archet et de la lyre * ». Enfin, la description du devenir comme identification des contraires, que contient la troisième thèse du Parménide, semble inspirée par Heraclite. Platon, lui aussi, se représente la génération sensible comme un écoulement ayant pour forme l'opposition et pour loi la nécessité '.
t. IIo<a|toî; Totc aÙTOî; i\f£ano\ii>i Te xtù où% è|t6aîvo|uv,eî}i,£v Te xal oOx elpiv. — V. Teracl. , Alleg., ap. Schleiermachor {Herocleilos, 529).
2. « Suva<|<eia; ovïXa xai oû)(c oZy.a, <ru|if>ep(i|ievov xal Siaçepô- |ievov, (TVvâSov xai SiâSov, xai èx icâvTuv êv %a\ è^ èvb( nâvTa. » Arist., De mundo, 396, d.
4. Âiafep(i|ieva àei av^^içiiaiai. Conv., 187, a. — Cf. Arist., Met., 8, p. 1155; Stob., Phys.. I, 58.
5. Hegel reconnait avec raison chez Heraclite son principe de l'identité de l'être et du non-étre dans le devenir. « Vèiio n'est pas plus que le non-être (oûSèv iiSXXov tô ov toû (iir) ovto( éiTTi), » disait Heraclite. — <> La philosophie d'Heraclite, ajoute Hegel, n'est pas seulement de l'histoire ; elle subsiste dans son principe et se retrouve dans ma Logique. » (Leç. sur la Ph. dt Fhist., t. XIII, 334.) En arrivant à Heraclite, Hegel s'écrie : Terre ! terre ! — Le sujet et l'objet, dit-il encore & propos d'Heraclite, diffèrent, mais sont néanmoins identiques en ce que
LA PHILOSOFUIli DK PLATON
Il accepte loul ce que son ilevancinr nvail ilil de positif
el rti|)|ili(]ii<' nu moitile scnsilile. Il riM'onii.iU qiiB, potir i]u'il j uit iicmnl (tiufji^ip<i;j.Ev9¥}, il fiiiil i]u'il y ail l'U moine lL^m|is dilTôrencc (S-.^sEp'jucvov) ; mai:; il ajmile rjiic la difTérencç doit tMre rumciiL'e i\ l'uniUi par un principe supciicur, un lui-mtfine. Dans ce priiici]))! runil<\ est réelle cl la mulliplicilc iJéule, laiiJis quo la monde sen> sible est rècllcmenl multiple el idéalement un, comme l'avoil vu Heraclite, dont le seul lorl est d't^lre mcumplet.
D'ailleurs, Heraclite sentait lui-mémo l'iasuriisance de la matière indéfinie el la nécessité d'un principe supérieur. Une phrase J'Aristole, dont le sens est très euntrovei'sé, semble indiquer que le philosophe ionien uilmettoil je ne sais quelle substance immuable d'où proccJenl tous les changements; mois il semble qu'il ait voulu désigner par là la matière indéterminée et non une réelle substance '. Ce qui se rai>prochc davantage de l'idée d'un principe absolu, c'est la conception de la pensée immanente aux choses {tô |uvôv, tô mpiï/ûv). Le feu divin a pour attribut essentiel l'intelligence '; il est la roison universelle (xoivôv Xdyov xat Oeïov) '. Nous ne faisons que participer à celte raison commune : • L'homme (en tant qu'homme) ne connaît pas; celle faculté n'appartient
chacim est l'aulrt: de Faulre et qu'ils sonl l'un pour Paiiln; el l'un par l'autre; le sujet n'ciil quelque ctiose qu'en devenant objet, et l'objet qu'en devenant sujet. Telle est In relativité conçue par Heraclite. — On reconnaît lus souvenirs du Parme nide et do Thf'étêle.
■ri!;£iT6ai itÊç'jsts. De Calo, iOS, b. Voy. une discussion appro- Tondie de ce passafjc dans Liissalle (II, 21, 39, 40). Lnssnlle n'y voit qu'une u puissance non sensible, eine vnsinîdîcke Poletiz, une toi universelle et purement idéale, die rein'; Idée des HVcdens sellbst » (24, Sa). Du reste, Lassalle interprète tout du point de vue hénélien.