‹ La philosophie de PlatonChapitre 38 sur 260 · LA LIBERTE HOBALB DANS PLATON · texte numérisé non relu

LA LIBERTE HOBALB DANS PLATON

nation vii-iit du la ]ii-(iseuc(' di; la niisnn el rie lii M'ieiiei;]; iBiiis iifHis ii'avfiiis jiiinaïs i.'n(endii diie (jiit^ les uns doiiiincnt V ignorance ni que les autres y succomljenl. » L'igoorance délruil ilonc In jiossîhililé de résister, la possession de soi-ni*''ino. « Mais lums disons i|ue ces choses, nous enlraîuunt eliacuiie vers l'objet de leur volonté (f^oûî.ïiïiv «6tû»v), nous (rjiisscul soiiveol vers di!S choses coulruii-es. — Très souvent. — Je suis mainleuant en élût de t'eiprn]uer clairement el sans eml«rr!is ce que j'entends pnr justice el injusdce. J'apjMdle injustice In lyrnnnie (jtiV'xercenl dans l'àme la eolère, la ciaiide, le plitisir, la douleur, l'envie el les autres (jasslûos (£m^u;j.îi>jv) , soit qu'elles nuisent 6UX autres par leurs efTcls, ou nou ; tuais ['opinion du meilleur {Tf,v SI toû éfiitav Silvv). lorsque, douiiuaiii dans l'inie, elle (jr(fo«He ritouinie tout enlier (Siïk'Jccjji.v;),... est la justice, • — Puis Platon énuniëre de nonveau les causes de l'injusliee : 1" la colère, i° le plaisir et les jjassions, 3" la lendaiii^e contraire des espérances et de l'opinion vraie touchant le nifillew, èXtiÎSwv xil âoîr,; xri; ilrflrjy^ TiEf'i tô SficTtiv /tpEitç Itîiov. tj'est cc désaceord (jue Platon appelait plus liant la dernière ignorance, et qu'il euasiilére toujoure couiuie une maladie inv(donlaire, [uiree que, si nous connaissions de science certaine le Ijieii ijue nous voulons, nous le ferions. C'est donc au monieiit oii PluLon touche le plus prés au • lihre urhiire >, qu'il nie l'intenliou volontaire nienl injuste, le consentement à l'iujuslice comme lin de i'ucle. Dans loulcs les lois qui suivent, il parle de meurtres volontaires, de dommages volontaires, mais jamais d'injuilices oolontaù'es . Délibération, préméditation, e^onscience de ses actes, il admet tout cela, muis en lo faisant porter sur les actes, aoa sur le but injuste. Le passage souvent invoqué sur les ineui'lres qui licujient le milieu entre le volontaire et l'involontaire, n'a aucun raj^porl avec le caractère invokifitniri' de l'injusliee comme /w. Il demeure toujours enlcudu que l'iujuiitice, eu taul qu'iujti.stice, est invulon-

taire; il s'agit seulement de savoir si telle action, par exemple un meurtre, est ou n'est pas volontoirc. Les lois punissent donc les dommages volontaires comme indiquant cet état involontaire et nuisible de l'âme qu'on nomme injustice. C'est là une mesure de sûreté qui rétablit l'ordre dans la société et dans l'âme même de l'individu, en le forçant à conformer ses actes à l'opinion du bien. La loi supplée à l'absence de science et vient au secours de l'optnion vraie.

« Il est nécessaire aux hommes d'avoir des lois et de s'y assujettir ; sans quoi, ils ne différeraient en rien des bêtes les plus farouches. La raison en est qu'aucun homme ne sort des mains de la. nature capable de reconnaître ce qui est avantageux à ses semblables pour vivre en société, ou, ayant reconnu le meilleur (yvoûia Si tè pATiarov), capable de pouvoir toujours ou de vouloir le faire (àel SûvauÔai m xol iOAeiv icparceiv). » Le mot yvoûda n'indique pas encore, malgré sa force, la vraie science, ii:iGrfiu.-ti, comme la suite va le prouver. « La nature mortelle portera toujours l'homme à avoir plus que les autres et à chercher son intérêt, parce qu'elle fuit la douleur et poursuit le plaisir sans raison ni règle. > Remarquons que Platon attribue ici les fautes à la distinction du bien personnel et du bien universel. < Cependant, si jamais un homme, par une destinée merveilleuse, naissait capable de remplir ces deux conditions, il n'aurait pas besoin de lois pour se conduire, parce qu'aucune loi, aucun arrangement, n'est plus fort que la science (ÈittsTTjfirj oure vôjjioç, (xiiTe Toé;iç oôSeaîa xpEirtcov) ; et il n'est point possible que l'inlelli-' gence (voîiv) soit sujette et esclave de quoi que ce soit ; mais elle commande à tout, pourvu qu'elle soit vraie et réellement libre, comme le comporte sa nature : oùSè ôéijnî à(n\

VOÛV OÙSÉVOÇ ÛTtVlXOOV oÙSÈ SoÛXoV, àMA. TtaVtWV âf/OVTX

elvai, èavitep dXï)9îvoç IXeûôeprfç te 3vt<oi; ^ xatà «ùaiv '.

1. Nous corrigeons toujours la traduction inexacte de Cousin.

j^ià.

LA LIDEHTÉ MORALE DANS PLATON

Mais maintenanl elle n'est [elle nulle part, sinon à un faible dogré. A son délaut, il faut recourir à Tordre et à la loi, qui voit et distingue bien des choses, mais qui ne saurait étendre sa vue sur toutes. • — Telle est l'expression suprême de la pensée de Platon,

Résumons les conclusions de cette étude.

i" Arislote, dans la Morale à Nicomaqnfi, a eu évidemment en vue la doctrine platonicienne que les Loin exposent ou défendciil, surtout dans le passage précédent {ce qui prouve l'autbenticité parfaite des Loh).

2" Los dialogues socratiques de Platon exprimenl souvent la vraie pensée de Socrale, mais non toujours la dernière pensée de Platon même.

3° Dans la question de liberté, Platon considère la domination de la science sur lame comme un idéal, qui su [] poserait la science idéale du bien dans sa plénitude. La partie mortelle de l'âme (xi Ouïir'jv kiI Skofm) empêche la réiîisation de cet idéal en nous, et change la science en opinion.

4" Or, si la science du bien est invincible, l'opinion du Lien ne l'est pas. On ne fait donc pas toujours, comme le croyait Socrate, ce qui est le meilleur dans notre opinion.

5° Mais on veut toujours le meilleur par l'inclination essentielle de la volonté.

6* L'acte injuste est volontaire en tant qu'acte, involontaire en tant ^}l"mjuUe. Nous consentons à l'acte, sans consentir à l'injustice comme telle. C'est une sorte de direction d'intenlion.

1° L'opposition de Tacle et de l'opinion a sa cause dans la lutte du désir ou de l'énergie contre la raison (Àôyoç), qui conserve un reste d'ignorance.

8" Nulle part Platon ne parle d'un pouvoir indépendant lûul à la fois de la raison, de ta passion et de la colère, et qui se déterminerait par lui-même.

9* Gcpendnnt l'énergie ou Ooadç semble une idée vague et obscure tle ce pouvoir.

10° La liberté est toujours pour Platon dans l'intelligence, le voûç, qui seul est vrai et libre de sa nature, «X-ziOïvoî xat IXeûOspoç xati ^ûoiv, libre parce qu'il est vrai, vrai parce qu'il est libre.

11° La pénalité, dans Platon, De repose pas sur la notion du libre arbitre, mais sur celle de l'ordre ou du désordre intrinsèque et extrinsèque, considéré indépendamment de la liberté. Platon punit le mal en soi, quand il est intérieur à l'âme ; il ne le conçoit pas comme un mal libre, et sa punition est un simple remède ou une intimidation qui supplée à la icience absente.

12° Pour Platon, il y a des acte$ volontaires "et des actes involontaires. Un acte est volontaire quand il est accompagné de conscience et de consentement. Quand je tue, j'ai conscience de tuer, et je consens à tuer; mais je n'ai pas la vraie conscience du mal, ni le consentement au mal. Consentement est d'ailleurs presque synonyme de désir ou inclination : il s'exprime par les mots fiouXtistc,

13° Volontaire n'a donc pas pour Platon le même sens que libre dans les langues modernes. Son système demeure un intellectualisme compliqué d'un certain fatalisme de passion; c'est-à-dire qu'il admet la liberté dans l'intelligence, la fatalité dans la passion. II entend par liberté la tendance sans obstacle de l'intelligence au bien, son objet. L'âme agit tantôt sous l'influence des causes extérieures et de la matière, et alors elle est esclave; tantôt en vertu d'un principe interne qui est la tendance essentielle de la raison et de la volonté vers les Idées, et alors elle est libre. Raison, science, amour, tendance au bien, vertu, liberté, sont des termes synonymes.

Dans notre hypothèse, — si l'on peut appeler hypothèse une chose aflirmée par Aristole et confirmée par tant de textes de Platon, — tous les passages de la Bépubliçue et

LA LIBERTÉ MOnALE DANS PLATON 71

<ie9 Loh ([ni semfilenl imiiliqiier le lihre arhitrp rti's rrioifprnos (|pvi(Miiicnl *"(|)!ii'!il)k'is. « Ames (jossa frères,.... vous* no il('\e7. (Hiiiil (■rÎKiir en |iiiit:t(,'r à iiii ((énie {c'csI-A-rlire . vous ne serez point ([(■[leridariles d'une [niissonre uxlérieure, vous Hure^ en voiis-m(*mt.'H jy [irincipe île votre bonheur ou (ie votre mnltieiir); vous elioisireit vous-mêmes chacune le vi'itre (c'ost-ft-dire le bon ou le mnuvBJs génie, le honhenr ou le rnalbeur : >:«x?i5ïÎu.(«v sifçiiitîe inulheiireiu). Celle que le sort nppellara choisira In premit^re la vie (heurense on ninl heureuse) h lnf[uelli> elle «eia liée néeessniremeul {'^(m, m 'j'jtt'jrtK i\ ivi^wffi). Ln vertu n'a [loiiit de maître (àpsT-Ji Sb iMtmvfjiî) ; «elon que r.haeuu Fci^linie ou la (!éi!aif,'ne, il en [(ossédcra nue part pins ou moins grarirle ; la eau se en esl dans celui (jui choisit, cl Dieu est liors lie cause (ïhia iÀoijiivînj, Oeôî dvimo;). » fiép., 617, e, d, e. Ainsi nous avons bien en nous, d'après Platon, bi cause ïnlemo et K|)ontanée de notre bonheur nu de notre midheur; et, par la vertu, nous somnies libres et heureux ; la vertu esl vtilontairo en ce sens qu'elle est ttelon la volonté. Mais le vice est involonlaire, cunlie !a votonlé; caril résulb* d'une erreur. C'est Jans le mi^nie sens que Platon dit, au Imiaième livre de la fti'pH//lii/ue : <' Qusmd l'ftme se li'ompe, c'est malgré elle; quand elle renonce à ses erreurs, c'est volontairement. » La vertu n'a doue pas de mattre; elle ne résulte pas d'une violence extérieure, mais d'un développement sans obstacle; au ronh'aire, le vice o un maiire ou pIulM une foule de maîtres. La vertu produit le bonheur, elle est le Imn génie; le vice produit le miilbeur, xaxoSaifiovt» : il est le mauvais génie. L'âme choisit l'une ou Tautre selon l'élat acluel de s m intelligence. C'est ce que Platon dit lui-m^me plus Juin : le choix des flmes, dil-it, dépendait des opinions et des habitudes de ta vie anlérieure. Il était donc lui-môme le résultat inévitable de l'état de l'âme au moment de son choix. C'est jiar erreur que les flmes choisissent le vice au lieu de la vertu. * Voilà pourquoi chacun de nous doit laisser de cûlé loule aulre

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étude, pour rechercher et cultiver celle-là seule qui nous fera découvrir et reconnaître l'homme dont les leçons nous mettront à môme de pouvoir et de savoir discerner les bonnes et les mauvaises conditions, et choisir toujours la meilleure en toute circonstance. » Le caractère volontaire de la vertu a donc toujours pour corrélatif dans Platon le caractère involontaire de l'iiiustice. — Plus loin : « Celui qui choisira la dernière peut se promettre une vie pleine de contentement et très bonne, ayant choisi avec discernement, et vivant d'une manière conséquente à son choix : At vÇ SXofjL^vip, (TuvTovÇ {jûvTt. » On a encore vu là la liberté ; mais cet accord de la vie avec le choix vient de nous être présenté comme nécessaire : pîov, ^ «ûvEurai IÇ àvâYxr,î. — 2uvTov^ signifie donc que la vie sera nécessairement d'accord avec le choix. Si du reste ce choix résulte d'une simple opinion du bien, Platon admet volontiers que la vie n'y est pas nécessairement conforme et que la tyrannie de la passion peut parfois reprendre le dessus.

Même doctrine au dixième livre des Lois, qui fait le pendant du dixième livre de la République et en traduit les symboles dans le langage commun. La Providence met chaque âme dans la place qui lui convient < d'après ses qualités distinctives >. < Mais elle a laissé à nos volontés les causes qui engendrent les facultés de chacun de nous : •nfi hï Ycyéereu; toû noioû ttvà; à<pîîxe tat; ^ouXi^seitiv âxâstcov ■jjfiwv Tàç nht'a; ; car, selon ce que chacun désire (otiyi ôv liciôufi^) et selon l'état de son âme (Stioiôç ti; mv •rijv <1"j/i^v), chacun de nous devient toujours tel ou tel. Ainsi, tous les êtres animés sont sujets à divers changements dont le principe est en eux-mêmes; et, en conséquence de ces changements, chacun se trouve dans l'ordre et la place marquée par le destin ' . >

Platon est ici très voisin de la liberté ; mais il s'arrête

1. On remarquera l'analogie de cette théorie de la liberté avec celle de Kant et de Schopenhauer, sur la liberté du noumène, qui s'exprime daas le déterminisme des phénomènes.

LA LIBERTÉ îrfOaAI/E DANS M.ATON

à la spontanêiU, que pnssf^deul tous les nnimaux, tl qui n'est autre chust". à gcs yeux que riulrlligeiitc plus ou moins enchaînée par h malière. Celle spontauéilé ne va pns jusqu'à renilre 1« vire volonlaiR'; elle rend seulement Ions nos actes, en Unit qu'actes, volontaires. Noire vertu seule est selon la volonté; mais l'injuslice demeure contre In volonté : c'est une erreur, une ignorance, une maladie, qui a |ionr résultat nécessaire le mallienr, sans qu'on puisse accuser Dieu, Nous croyons l'ensemble du syslème asse?, clair nwintenant pour que quelques inennsèquencea de détail (fussent-elles réelles) ne puissent changer la physionomie de ridêalisme plalonicicii. En définitive, Platon admet nue spontanéité, et presque une lilierté, qui peut élahlîr un désaccurd entre les actes et Vopinion du bien; mais, (idéle au prineijie socratique, i! continue de sonlenir que le vice est involontaire, parce que le désaccord de l'opinion et de l'activité est un reste d'erreur, ou même «ne pi'ofundc et dangereuse ignorance de la plus importante des vérités ; à savoir l'ahsolue identité du bien de chacun et du bien en sol.

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