PAtctio, p, BO
LA toi MORALE DANS PLATON 87
vûrilaliles. Il esl Jonc nécessaire, pour le (JéveloppcincuL de la sagesse, que la farce dit cœur dompte les appétits. Le courage et la tempérance, produits par un commencement de sagesse, conti'ibuentà leur lour au progrès de la sagesse mi'me.
Celle solidarité des vertus ne doit pourlant pas nous faire méconnaître leurs différences. Le courage et la tempérance sont des vevlus d'exercice et d'habitude ', qui impliquent l'effurl et la victoire de l'ame iramorlcUc sur l'àme mortelle. La sagesse, au contraire, a un développement spontané, une fois qu'on a enlevé tous les obstacles. Par une conséquence légitime de la théorie des Idées, loul ce qui dépend de la nature corporelle ne se soumet à la raison que par la discipline et le frein (de là la nécessité du 9u|jL(iç pour dompter l'appétil) * ; au contraire, ce qui tient de la raison pure et de l'Idée s'ordonne de soi-même, et participe naturellement au bien et au beau dès qu'il peut librement s'abandonner à sa propre direction.
Quand Platon considère dans leur ensemble les différentes vertus, il leur donne souvent le nom de justice. Platon exprime par ce mot une idée beaucoup plus élevée que celle qu'on lui attache ordinairement, La justice consiste à rendre, non pas seulement à chaque homme, mais à chaque chose, ce qui lui esl dû. Il y a une justice intérieure qui ne sort pas de l'individu, et qui n'est autre chose que l'harmonie des facultés accomplissant chacune leur fonction propre, sans empiéter l'une sur l'autre. La justice ne peut Mre conçue sans les autres vertus qui en forment pour ainsi dire la matière; mais celles-ci, à leur tour, ne peuvent subsister sans la justice ; car autrement il n'y aurait point entre elles cet accord qui esl la condition
1, Rép., X, 619, c.
2. Platon corrise ici la théorie de Socrate. De même, dans le Lac/iÉt, il distingue le courage ilo la science proprement dite. — Voy. le chapitre précÉdent.
g8 tA PHILOSOPHrS HE Pt.ATON
<\(! tu rlurêt! : r;]l(\s innjiquoi'uieiil de lu rui'iiii.' <|iii lie les )iiirlie« en un tout *.
Eu résuiiié, les vorlu» sitiil miilli|i!es, el cepiftidaut elles ne l'ont qu'un. Cliiniiie vertu eiulirusse en ellc-nu^iuii toutes les autrui; niuxiuie que (ievaient exagérer plus lard les Rln'ick'ns. Plulim, fi Je le » sa nièthmle, cherichc luur à trmr Id vai'ietii iliuia l'uuilé. l'uuité ilniis la variété, afin (l'avoir uud iiniige lidèle île l'Iilée. Mnis, s'il est un point de vue sur lequel il insiste de préférence el ([ui lui semble toujours sujiérieur à l'aulre, c'eut celui He l'unilê.
VI. Nou8 avons vu l'union de la vertu et de k science. 11 sumil facile de montrer l'union de la vertu el de l'uiuonr. L'Iiouime vurlueux ue veut pus seulement cunlemjder le hicu [mr rinlellii^ence, il veut s'unir ù lui par l'unionr; il veut, pour ainsi dire, être lui-même le Incn. Idéul innci^esgible siins doute, niuis dont on peut se rapprociier sans ceBse, Un amour ai7r' uous fail poursuivre toutee qui est beun et bon; rejeter tout le reste pour le suivre, coopérer pour uinsi dire à l'utlraclion divine, s'élever [lar un progrés eonstunt jus(|u'ii la lieaulé suprême identique à lu bonté, ee n'est pas lu seulement la diulec» tique de l'amour, c'est aussi celle de la vertu.
VII. Outre l'identité du bien el du beau, il est encore une doctrine qui nous montre Platou cherchant l'unité en toutes choses : c'est k théorie des rappf*rts de l'hon- Dôte et du bonheur. Qu'est-ce que le bonheur, sinon le
1. u Lu justice (et Platon entend par Injuste t« bien moral) rËgle t'inté rieur de l'homme, oe permellaDt à aucune des parlies (te l'Sme de faire quelque chose qui lui soit étranger, ol d'iatcrverlip teura rooKllniid.., Elle étatrfil daus l'dme l'ordre 6t la concorda, et met eulre les parties un accord parrait, coinuic entre les trois tons exlrtïnics de riiarmonie— Elle lie eiiiiemble tous tea éléments qui la composent, et fait que, maigre leur diversité, l'ame est une, mesurée, plciue d'barmonie. » H^/j,, IV, 43 i, b.
LA LOI MORALE DANS PLATON
sentirapnl de la |)(!j'f(,'elwu? L'iiidiviilu ne peut paiTenii- à la félicili> fpi'fjii sp siiiiin'Hanl aux vécilaHes lois de m nature, ou, en d'aulres Icriiie:!, eu reiidanl son âme conforme à l'Idée. Qtitiurl Piilus ileiiiaude à Socrale si le grand roi iisl heureux : « Je n'en sais rien, répond le jihil'jsophe; car je ne eonnais ui sa suieuce ni sa vertu... Celui qui est km est heureux ; celui i}Ui est méchant, fùl-il le grand roi, est malheureux. » t Tu soufTre.s d'une injustice, dit-il eneorc; console-loi, le vrai malheur est d'eu faire. • ^ Qu'où ne lui parle doue ni des tourments, ni des sup|diees, ni de la mort. Quand il a l'ait le [wi'traït du juste, de celui qui est à ses yeux le nieUlour el le plus heureux des hommes, (juauii il veut le peindre par un dernier trait et le plaeer dans un lieu digue de lui, ce n'est pus sur un tnlne qu'il nous le montre, e'est sur une croix.
C'est le rapport nécessaire conçu par la l'aison entre le bien et le honheur, entre le mal et le malheur, qui enijeudi-e les idées de mérite el de démérite. Le mérite, pour Platon, c'est le droit à laréconi]icnse; le démérite, c'est le droit ii la punition. Le mal, c'est l'opjiosilion aux Idées et i» l'être, c'est le retour do l'àme vers la matière et le n ou -être. L'homme injuste peut-il dune espérer qu'il triomphera de l'Idée et de la Raison, sans que eelles-ei [missent jamais prendre leur revanche? Est-ce dans le mal et le non-être qu'il trouvera ua hunheur durahlu? TiU ou tard les lois de la raison seiuut victorieuses, el uehii qui ne se sera pas soumis i\ ces lois subira les couséquences fatutes de son injustice impunie. Le Bieu, principe de la morale, n'est pas une nhstraclion «ans force qu'où puisse mépriser sans crainte. C'eil un jirincipe réel el vivant, dont la justice est aclive et la providence infaillible. La morale platonicienne, comme sou eslhélique, comme SB théorie de la scieuce, est suspeudue toul entière i l'idée du Bien éternel.