LE BIEN, SUPÉRIEUH A L'INTELLIGENCE
sentiment ne peuvent expliquer ce que c'est que l'intelligence, et qu'à la fin ils sont réduits à dire qu'elle se rapporte au bien '. * Tel est, en effet, le cercle vicieux de ceux qui placent le bien dans la science ; car la science ne se comprend pas par elle-même et suppose nécessairement un objet. C'est donc l'objet de la science, plutôt que la science, qui mérite d'être appelé le bien. Aussi demandez à ceux qui appellent bien la connaissance, de quelle con.naissance ils veulent parler; et ils répondront : la connaissauce du bien. < Oui, et cela est fort plaisant. — Et comment ne serait-il pas plaisant, de leur part, de nous reprocher d'abord notre ignorance à l'égard du bien, et de nous en parler ensuite comme si nous le connaissions? Ils disent que c'est l'intelligence du bien, comme si nous devions les entendre dès qu'ils auront prononcé le mot de bien. — Mais ceux qui définissent l'Idée du bien par celle du plaisir sont-ils dans une moindre erreur que les autres? Ne sont-ils pas contraints d'avouer qu'il y a des plaisirs mauvais, et par conséquent d'avouer que les mêmes choses sont bonnes et mauvaises '? » Il ne s'agit pas seulement là du bien moral, du juste, mais du Bien en soi, qui est le principe de la justice comme de toutes les autres Idées. Ni le plaisir ni l'intelligence n'en épuisent la notion et n'en peuvent f jurnir la définition.
La vérité est que le Bien est indéfinissable. L'appeler le plaisir, ou même le bonheur, c'est le confondre avec son effet sur la sensibilité. L'appeler l'intelligence ou la science, c'est intervertir l'ordre des Idées et mettre l'intelligence avant l'intelligible. De même, le Bien n'est pas le beau, car le beau est seulement la splendeur du Bien. Le Bien n'est pas le juste, car le bien moral dérive du Bien en soi, auquel il est inférieur en étendue. Le Bien n'est pas rêtre, car si vous prenez ce mot dans son sens vague,