‹ La philosophie de PlatonChapitre 64 sur 260 · II · texte numérisé non relu

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il petrl (li'sipner îles clioscs qui ne sont pas le Bien, ftl im'itii' lies rliisrs inîiiivnises ; et si vcmi.s le |irci»e)! daus son sens slricl, il sipiilii- aliii-s (]iie le Ificii fsl l'Êlie complet, l'ÈliT [wrfiiil, l'fiire lion; re (jiii rcvieiil à ilire que le Uiini est If. Bien. On ne peut |ias non plus (li-Duir le Bien pur ['nrdri', car l'idée d'onlre ne se eomprtnid pas siins l'idée d'une fin en vue de laquelle les ehuses sonl ordonnées, el d'uu type d'unité (lu'elles s'effoiwnl de reproduire nu sein du uuiltipEe. Appeler le Bien la Gn universelle, c'est le qualilier dans sou rdji|iort au mnuvemenl du monde sensible ; ce n'esl pas eneftre le définir, . car il reste ù savoir quelle est c«tle lin ù Inquelle tend le monde. Enfin dire que le Bien est l'unilé, c'est exprimer le caractère dialectique auquel on peut le reconnaître, mais ce n'esl pas le définir; c'est plutôt le déclarer indéfinissable.

Et on peut démontrer scienlifiquement cette impossïbililé de définir le Bien. Elle résulte premièrement de ce que le Bien est universel. Il n'y a dune au-dessus de lui aucun genre supérieur dans lequel on puisse le faire rentrer, comme une espèce earactéi'isée par des différences. Dira-l-on que l'Idée de l'être est plus universelle encore que l'Idée du Bien, et que la diuleclique devrait aboutir, pour éviter luule inconséquence, à l'Idée de l'être abstrait et iudéflni? C'est là une illusion de logique dans laquelle Platon n'est point tombé. 11 avait distingué trop profondément, comme nous l'avons vu, le sens vague et le sens précis du mol Élre. Le Bien n'esl pas l'être, au sens large et vide de ce mol, mais il est TLlre dans sa plénitude. Or il ne faul [las dire que l'être en général, désignant l'imparfait comme le parfait, est supérieur par l'universalité à l'ÊIre parfait; d'où il résulterait qu'audessus de l'ÊIre en soi et de l'être dérivé s'élèvei'ait une troisième Idée, celle de l'élre. C'est là une objection analogue à celle du ti-oisiéme Iwmtne exposée dans le Parménide, et Platon la dédaigne. L'imparrait n'a qu'un

LE BIEN, SOPÉniEUR A L'INTELUGENCE

ôlie dérivé, em]ji-uiilé à lu iRTreclion. ïuiit l'être qu'il possède se trouve émÎDenimonl dans le Bien. Le Bien a donc une vénlable univei'salifé '. lui ajouler l'être des choses imparfaites, ce ne serait pas augmenter son ^Ire ; car, ce qu'on prétendrai! lui ajouter, il le possède déjà, La seule cliose qu'il ne conlienue pas, c'est la limitation et l'i m perfection ; il a tout le positif, sans le nê|:;atif. Or on ne peut concevoir au-dessus de ces deux termes un terme supérieur, puisque le second n'existe que par l'autre et ne peut être considéré comme une essence. D.jnc, en dehors de la perfection, il n'y a rien de ])Osilif, rien qui suit à parler exautecuent ; el nu ne fait que jouer sur les mots en élevant, au-dessus de l'Ltre absolument déterminé, un prétendu ftre abstrait et indéterminé qui n'est autre cbose que le non-étre lui-mt'me. On confond ainsi les deux extrémités opposées de la dialectique : le Bien un et la matière indéfinie.

Concluons avec Platon que le Bien est l'universalilé absolue, dernier terme de la dialectique, et qu'il est à lui-même .sa propre essence.

Le Bien est encore indéllnissable à un autre titre. Nous savons qu'il est un et simple, el qu'en même temps il est la réalité suprême; par conséquent, il est l'attsulne individualité. Or l'indivitlu ne se définit pas; toute définition est une analyse, un nombre: elle occupe la région intermédiaire qui s'étend entre l'unité absolue el la multiplicité absolue. Mais les deuï extrêmes lui échappent : l'un est au-dessous, l'autre est au-dessus de la définition, comme de l'essence.

S'il en est ainsi, le Bien ne peut plus être un objet de connaissance discursive, de connaissance humaine, au sens propre de ce mot, bien qu'il soit le principe de toute connaissance. Tout est éclairé de sa lumière, rien n'est visible que par lui, rien n'est visible qu'en lui ; mais ce soleil intelligible a trop d'éclat pour nos faibles regarda. « Tiens pour certain que ce qui répand sur les objets do

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LA PUILOSOPHIG DK PLATON

k connoissonce \u luinièru de la vérilé, œ qui donne h

rame qui i^ipiiiiiiît lu fauullé ilc cuiimulre, c'est l'Idée tlu Bien, Cuiiï'idére celle Idée eoniine le principe de la svienee el de la vérité eu tunt ([n'elle lombe snus la conuuissuuce; el, quelque lifllcs rpie soieiiL lu science et la vérité, tu ue te Ir'tniperu» {Kiiul en pensunl que l'Idée du Bien en est distincte et les surpasse en beauté. En effet, comme dans le monde visible trn a ruison de (leuser que lu lumière el la vue ont de fanalope iivee le soleil, de m*^me, dans l'iiulre s|ihèie, ou peut regarder lu science et la vérité comme ayonl de l'analogie avec le Bien; mais on aurait torl de pt*endre l'une ou l'autre {wur le Bien lui-mi^nie, qui est d'un prix tout autrement relevé *... Aux dernières limitas du monde intelligible esl l'Idée du liien, qu'on aperenit avec peine, mais qu'on ue peut apercevoir sans conclure qu'elle esl la cause de tout ce qu'il y a de beau el de bon » ; que, dans le monde visible, elle produit la lumiL're el l'astre de qui elle vient direclemeul; que, dans le monde invisible, c'est elle qui produit directemenl la vérité el Vintellifjence. *

Ne nous étonnons [ilus que le Bien en soi échappe à notre connaissance, puisque, pour l'embrasser complètement, il faudrait filre le Bien lui-même. Chose étrange au premier abord, mais nécessaire, comme nous l'a montré le Parménide, c'est parce que le Bien est la suprême délerminalion qu'il est pour nous indéterminé. Le défmi et l'indélitiissuble semblent coïncider dans le premier principe; mais cela tient à la différence dos points de vue. Le Bien est parfaitement déliai en luimême el pour lui-mdnie ; il ne l'est point pour nous. Garduns-nmis, pnur cela, de le confondre avec son conlroinî, aveu ce qui est iudétiui, non pas seulement pour nous,

i. n^p., VI, 5ii, h.

i. llcitmrques la distinction du Son et du Sien; l'on \ nrlicipe au Bien, l'autre est le Bien même.

LE BIEN, SUPÉniEUR A ^'INTELLIGENCE

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mais en soi. Au premier abord, il semble que le Bien et la matière, l'Être et le non-être soient identiques, parce qu'ils produisent dans notre pensée la même obscurité. Mais Platon a pris soin de nous prémunir contre cette illusion. « La vue peut être troublée de deux manières et par deux causes opposées, par le passage de la lumière à l'obscurité, ou par celui de l'obscurité à la lumière '. » L'obscurité complète, c'est le non-être, c'est la matière indéfinie, que saisit une sorte de raisonnement bâtard : « Elle est à peine admissible ; nous ne faisons que l'entrevoir comme dans un songe 3. > Â l'autre extrémité est l'Idée du Bien, également invisible parce qu'elle est la pleine lumière de l'Être. Imaginez une sphère immense remplie d'une lumière partout égale à elle-même, partout éblouissante, sans mélange d'ombres ni de couleurs : l'œil de l'homme, au milieu de cette lumière, sera aussi aveugle que s'il était dans l'obscurité. C'est qu'il faut à notre regard, pour que la vision soit possible, des différences, des distinctions, de la multiplicité, un mélange de lumière et d'ombre-, et de même il faut à notre esprit, pour qu'il puisse connaître et définir, un mélange d'être et de non-être, un reste de pluralité au sein de l'unité. Aussi le philosophe et le sophiste paraissent-ils se ressembler aux yeux de la multitude ; le second est inintelligible parce qu'il s'enfuit dans les ténèbres du non-être, le premier est incompréhensible pour le vulgaire parce qu'il est en commerce perpétuel avec la lumière de l'Être '.

Le pur non-être, nous a dit encore Platon dans le Sophiste, ne peut être énoncé proprement, ni conçu en lui-même : il est insaisissable à la pensée et au (an gage, à la parole et au raisonnement. Il est donc au-

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