‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 110 sur 318 · Ibnl., lih, ||, cjij · texte numérisé non relu

Ibnl., lih, ||, cjij

heureuse, puisqu'elle désire le bonheur 5 avancer une telle opinion , n'est-ce point d'une manière sacrilège transporter à Dieu toutes ces misères ^ ? )>

L'âme, qui n'est pas corps et qui n'est pas Dieu, est un être mitoyen entre le corps et Dieu.

Il y a en effet une nature muable par rapport au lieu, aussi bien qu'au temps, et c'est le corps.

Il y a une nature muable par rapport au temps, mais non pas au lieu, et c'est l'âme.

Et enfin, il y a une nature qui n'est pas plus muable par rapport au lieu que par rapport au temps, et c'est Dieu.

Ce qui est muable, de quelque manière que ce soit, est donc créature; et ce qui est immuable, c'est le Créateur.

Mais, comme les choses ne sont qu'autant qu'elles subsistent et qu'elles sont unes, et que l'unité est le principe de toute beauté, il est aisé de voir, dans cette division des différentes natures, ce qui possède l'être souverainement ; ce qui est placé au plus bas degré de l'être, mais qui ne laisse pas d'avoir une véritable existence; et ce qui est entre deux, au-dessus du plus bas genre d'êtres, et au-dessous de l'être souverain.

Cet être souverain est la félicité par essence. L'être du plus bas genre est incapable de bonheur et de malheur. L'être intermédiaire est malheureux quand il penche vers les êtres du dernier genre, et heureux quand il se porte vers l'être souverain '^.

1. De Moribus Mnnichœorum , lib. 11, cap. xi. '2. Epislola XVlll, Cœlestino (390).

DE LA NATtJllE DE l'aME. 185

L'âme qui n'est pas divine, a donc été faite à l'image et ressemblance de Dieu ; autrement sa pensée ne pourrait saisir l'immuable vérité *. Dieu est sa demeure, sa véritable patrie. Que l'âme, d'ailleurs, n'ait pas la même puissance que celui à la ressemblance de qui elle a été faite, cela n'est point merveilleux. Car ni l'ombre du corps n'a la même puissance que le corps. Aussi , c'est dans les mystères un précepte profondément raisonnable, que celui qui ordonne à quiconque désire se rendre tel qu'il a été créé par Dieu, c'est-à-dire semblable à Dieu , de mépriser toutes les choses corporelles et de renoncer à ce monde tout entier^ qui est corporel. Il n'y a pas, en effet, pour l'âme, d'autre voie de salut, de rénovation, de réconciliation avec son auteur'-^.

Mais de ce que la vie de l'âme est autre que la vie du corps, et de ce que l'âme est supérieure au corps, il ne s'ensuit pas que l'on doive mépriser le corps.

« Le corps, il est vrai, diffère de l'âme par sa nature, mais il n'est point étranger à la nature de l'homme. L'âme, en effet, ne résulte pas du corps, mais l'homme cependant est un composé d'âme et de corps ^ »

Placé à ce point de vue, Augustin réfute directement ceux qui professent que c'est pour des fautes commises ailleurs, que les âmes ont été précipitées dans les corps comme dans des lieux de châtiment, et qu'elles y endurent des peines proportionnées à leur culpabilité^. D'un autre côté, il décrit avec complaisance la beauté

l.De Vera Religione ^ cap. XLiv.

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