De Conlinentia , cap. xii
4. De Peccatoriim mcriiis et rémission e , lib, I, cap. xxii.
du corps, laquelle éclate non-seulement dans l'harmonieuse disposition des organes, mais aussi dans la régularité et le concours de leurs fonctions. « Si nous considérons notre corps, quelle bonté et quelle providence de Dieu s'y manifestent de^toutes parts ! Les organes des sens et les autres membres n'y sont-ils pas tellement disposés; n'y a-t-il pas dans sa forme et sa stature un si bel ordre , qu'il paraît clairement avoir été fait pour le service et le ministère d'une àme raisonnable?
L'homme n^a pas été courbé vers la terre, comme les animaux sans raison ; mais sa stature droite et élevée l'avertit de porter ses pensées et ses désirs vers le ciel. D'ailleurs, cette merveilleuse vitesse donnée à la langue et à la main, pour parler et pour écrire, et pour exécuter tant de choses, ne montre -t-elle pas combien est excellente l'âme qui a reçu un corps si bien fait pour serviteur? Que dis-je? Alors m.ême que le corps n'aurait pas besoin d'agir, les proportions en sont observées avec tant d'art et de justesse, qu'il serait difficile de décider si , dans sa structure, Dieu a eu plus d'égard à l'utilité qu'à la beauté. Au moins, n'y voyons-nous rien d'utile qui ne soit beau tout à la fois : ce qui nous serait -plus évident encore, si nous connaissions les rapports et les proportions que toutes les parties ont entre elles, et dont nous pouvons découvrir quelque chose par ce que nous voyons au dehors. Quant à ce qui est caché, comme l'enlacement des veines, des nerfs, des muscles, des fibres, personne ne le saurait connaître. En effet, bien que les anatomistes aient disséqué des cadavres, et quelquefois même se soient cruellement exercés sur des hommes vivants pour fouiller dans les parties les plus
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secrètes du corps humain, et apprendre ainsi à le guérir; toutefois, comment aucun d'entre eux aurait-il trou\é cette proportion admirable dont nous parlons, et que les Grecs appellent harmonie, puisqu'ils ne l'ont pas seulement osé chercher?
Si nous pouvions la connaître dans les entrailles, qui n'ont aucune beauté apparente, nous y trouverions quelque chose de plus beau et qui satisferait plus notre esprit que tout ce qui flatte le plus agréablement nos yeux dans la figure extérieure du corps. Or, il y a certaines parties dans le corps qui ne sont que pour l'ornement et non pas pour l'usage, comme les mamelles de l'homme, et la barbe, qui n'est pas destinée à le défendre, puisque autrement les fem.mes, qui sont plus faibles, devraient en avoir. Si donc il n'y a aucun membre, de tous ceux qui paraissent, qui n'orne le corps autant qu'il le sert, et s'il y en a même qui ne sont que pour l'ornement, je pense que l'on comprend aisément que, dans la structure du corps. Dieu a eu plus d'égard à la beauté qu'à la nécessité. En effet, le temps de la nécessité passera, et il en viendra un autre, où nous ne jouirons que de la beauté de nos semblables, sans aucune concupiscence; digne sujet de louanges envers le Créateur, à qui il est dit dans le psaume : « Vous vous êtes revêtu de gloire et de splendeur M »
Sachons le reconnaître. Ce n'est point dans un but de châtiment que l'âme a été unie au corps, puisque le corps est excellent selon sa nature; mais en vertu de
t. De Civiiate Dei, lib. XXII, cap. xxiv. Cf. Enarratio in Fsalmum CXXX ; De Genesi nd lAtteram , lib. VII , cap. xiii.
cette bonté ineffable, à laquelle est due la création. Il n'en reste pas moins que ce fait de l'union de l'âme et du corps soulève les plus difficiles problèmes.
Puisque l'âme est le lieu de la science, l'âme, avant d'être unie au corps, a-t-elle vécu une autre vie et une vie de sagesse^? «Avant que je fusse dans le sein de ma mère, ô mon Dieu ! s'écrie Augustin, avant ce tempslà, étais-je quelque chose? Personne ne peut me répondre, ni mon père, ni ma mère, ni l'expérience des autres, ni ma propre mémoire^. » Augustin, toutefois, rejette la théorie platonicienne des vies antérieures ^
L'âme n'a-t-elle pas un corps dont elle est inséparable? Augustin enseigne que l'âme peut être, pour un temps indéfini, distraite du corps ^.
Enfin, comment l'âme entre-t-elle dans le corps? comment en sort-elle ?
Questions insolubles, ou dont la solution peut beaucoup plutôt être entrevue que connue !
Quoi qu'il en soit de ces difficultés, c'est un fait que l'âme est unie au corps, et cette union est l'homme même.
c( Comment donc définirons-nous l'homme? Dironsnous qu'il est âme et corps, comme nous disons un char à deux chevaux ou un centaure? L'appelleronsnous seulement un corps qui est à Tusage d'une âme maîtresse d'elle-même, comme lorsque nous parions d'une lanterne, nous ne nommons pas à la fois le feu et