De Anima et ejus origine, lib. 11, cap. vi
C'est pourquoi, les hommes qui sont accoutumés aux choses corporelles et dominés par leurs sens, refusent de croire que l'âme soit autre chose qu'un corps, craignant que si elle n'est pas un corps, elle ne soit rien ; et, en conséquence, ils craignent d'autant plus de croire de Dieu qu'il n'est pas un corps, qu'ils craignent davantage de croire que Dieu n'est rien. Ainsi, pourquoi TertuUien a-t-il cru que Fâme est un corps? C'est qu'il n'est point parvenu à concevoir Tàme incorporelle, et que par cela même il a craint qu'elle ne fût rien, si elle n'était corps. Et c'est le même sentiment qu'il a exprimé sur Dieu, quoique cet esprit, d'ailleurs si pénétrant, abandonne parfois son opinion, vaincu qu'il est par la force même de la vérité *. ))
Ce qui importe, par-dessus tout, suivant saint Augustin, c'est de ne pas blesser l'orthodoxie. Or, la doctrine de la propagation des âmes s'y trouve peut-être mieux accommodée qu'aucune autre. C'est en ce sens qu'il écrit à Optât et à Yincentius Victor, leur démontrant ce qu'il y a de certain touchant Torigine de l'âme, ce qu'on peut raisonnablement mettre en doute ; comment en une semblable question il faut principalement conserver intact cet enseignement de la foi, qui nous apprend que nul ne naît d'Adam sans être enveloppé dans les liens de la damnation, et que nul n'en saurait être dégagé qu'en renaissant par Jésus- Christ. Encore une fois, oublier ce précepte, c'est s'exposer à reproduire l'hérésie funeste de Pelage '^.