Seniio C(XX\V1I . cap. vii-xv
o. Seniio C(l\IJII,cap. ix.
1)K LA FIN DE l'aME. 233
ront... Ils nous demandent encore si la taille et la force seront égales chez tous, ou si les corps seront de dilterentes grandeurs... De plus, ils demandent de quelle stature seront les corps dans cette égalité de tous... On ne soulève pas moins d'objections au sujet de la corruption et de la dissolution des corps morts, dont une partie s'évanouit en poussière et une autre s'évapore dans l'air; de plus, les uns sont mangés par les bêtes, les autres consumés par le feu; d'autres, tombés dans l'eau par suite d'un naufi'age ou autrement, se corrompent et se liquéfient. Comment croire que tout cela puisse se réunir pour reconstituer un corps? Nos adversaires se prévalent encore des défauts qui viennent de naissance ou d'accident... Mais voici la question la plus difficile : à qui doit revenir la chair d'un homme, quand un autre homme affamé en aura fait sa nourriture? Cette chair s'est assimilée à la substance de celui qui l'a dévorée et a rempli les vides qu'avait creusés chez lui la maigreur. On demande donc si elle retournera au premier homme qui la possédait, ou à celui qui s'en est nourri. C'est ainsi que nos adversaires prétendent livrer au ridicule la foi dans la résurrection, sauf à promettre à l'âme, avec Platon, une vicissitude éternelle de véritable misère et de fausse félicité, ou à soutenir avec Porphyre qu'après diverses révolutions à travers les corps, elle verra la fin de ses misères, non en prenant un corps immortel, mais en restant affranchie de toute espèce de corps *. »
L'exposition qui précède répond à la plupart des objec-
/. Dr Civitalr Dei, lih. XXII, cnp. xii.
lions de détail que comprend cette argumentation. C'est assez, par conséquent, d'en discuter le point principal, ce La matière terrestre, qui devient cadavre lorsque l'âme se retire, reparaîtra-t-elle lors de la résurrection, de telle sorte que les parties qui tombent et qui servent à produire mille autres formes différentes, tout en revenatit au corps d'où elles sont tombées, reviennent nécessairement aux mêmes parties du corps? En aucune façon ; autrement, si la tête devait retrouver tous les cheveux qu'elle a successivement perdus, et les doigts tous les ongles qui ont été coupés, il y aurait là une difformité monstrueuse, qui devient, pour ceux qui l'imaginent, un motif de ne pas croire à la résurrection de la chair. Mais les choses ne se passeront pas ainsi. Supposez une statue faite d'un métal soluble ; qu'elle vienne à se fondre au feu, à être broyée en mille pièces, ou réduite à une masse, et que l'artiste veuille avec cette matière restituer sa statue. Il importerait peu, évidemment, que telle ou telle partie de matière formât de nouveau tel ou tel membre de la statue, pourvu qu'on employât toute la matière dont elle avait d'abord été formée. De même, Dieu dont l'art est admirable et ineffable, restituera notre chair dans sa totalité avec une admirable et ineffable rapidité; et il importera peu, pour qu'elle soit ainsi restaurée, que les cheveux reviennent aux cheveux et les ongles aux ongles, ou que tout ce qui en avait péri soit changé en chair et rapporté à d'autres parties du corps. Car l'artiste suprême saura faire qu'il n'y ait rien qui ne soit comme il convient ^ »