Conjessiomim lib. V, cup. x
à concevoir Dieu sous la forme dim corps humain. (( Je ne pouvais me représenter aucune substance que celle qui se voit par les yeux du corps; toutefois je ne vous concevais pas, mon Dieu, sous la forme d'un corps humain. Depuis que j'avais commencé à goûter à la sagesse, j'avais toujours rejeté cette erreur... Mais que devais-je penser de vous? C'est ce que je ne savais pas, n'étant qu'un homme, et quel homme! Je faisais des efforts pour atteindre jusqu'à vous par la pensée, à vous tout-puissant, le seul vrai Dieu; je vous croyais de toute mon ame, incorruptible, inaltérable, immuable. Mon cœur criait avec force contre toutes mes chimères, et, d'un seul coup, j'essayais de chasser toute cette tourbe d'immondices qui volait autour de moi ; mais à peine chassées un instant, elles se reformaient de nouveau, fondaient sur moi et m'enveloppaient de nuages, de telle sorte que, sans vous voir sous la forme humaine, j'étais cependant forcé de vous penser comme quelque chose de corporel, répandu dans l'espace, soit mêlé au monde, soit dispersé hors du monde, à l'infini; et ce que je me représentais ainsi était cependant incorruptible, inaltérable, immuable, et je le préférais à tout ce qui s'altère, se corrompt et change. Mais ce qui n'était pas dans de tels espaces ne me paraissait pas exister; c'était à mes yeux un rien absolu, plus vide encore qu'un lieu, dont on enlèverait tout corps, et qui resterait un lieu vide, sans terre, sans eau, sans air et sans ciel, mais qui cependant serait encore un Ueu vide, et en quelque sorte un néant étendu. Ainsi, vie de ma vie, je vous concevais comme remplissant des espaces infinis, pénétrant la masse entière du monde, et ré-
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pandii encore au delà dans l'immensité, sans jamais rencontrer de bornes, si bien que la terre, le ciel, toutes choses vous possédassent, et que toutes eussent leurs limites en vous, et vous nulle part : et de même que l'atmosphère qui nous environne n'empêche pas la lumière du soleil de la pénétrer et de la traverser, non pas en la déchirant et en la coupant, mais en la remplissant toutentière; ainsi jem'imaginaisque vouspassiezde la même manière, non-seulement à travers le ciel, l'air, la mer, mais encore à travers la terre, dont les plus grandes comme les plus petites parties vous étaient pénétrables, et contenaient votre présence, enfin, que par une action secrète, intérieure et extérieure, vous gouverniez tout ce que vous avez créé*. » «Je me représentais donc eu esprit toute la création et tout ce que nous pouvons y apercevoir... Pour vous, Seigneur, je vous voyais l'entourant et la pénétrant, mais demeurant infini, semblable à une mer répandue partout, qui remplirait seule l'immensité, et renfermerait en elle une éponge d'une certaine grandeur, finie pourtant , et imbibée dans toutes ses parties par cette mer immense^. »
Cependant les assertions des Manichéens ne cessent d'embarrasser Augustin, et leurs chimères d'obstruer son esprit. En vain il découvre de tous points les absurdités de leur doctrine et expulse ces menteurs de son âme qu'ils opprimaient ^ L'existence du mal lui reste un invincible obstacle à concevoir de Dieu une idée immatérielle.