‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 171 sur 318 · Ibid., lib. VIII, cap. i · texte numérisé non relu

Ibid., lib. VIII, cap. i

DE l'existence DE DIEU. 261

De la sorte, Augustin se voit arraché du même coup aux illusions du panthéisme et du duaUsme.

A partir de ce moment, il distingue nettement les diiiérents ordres de natures, dont l'ensemble constitue l'univers'; et au-dessus de tous ces êtres, Dieu, qui est leur raison d'être, lui apparaît comm«e un pur esprit.

Pur esprit, Dieujie saurait donc être imaginé. « Quiconque veut imaginer Dieu se le représente parla pensée comme quelque chose de grand, d'immense, de gigantesque, comme un être aux proportions colossales. Ce colosse cependant est fini. S'il est fini, il n'est pas Dieu. Et s'il n'est pas fini, qu'est-ce que sa figure? Voilà où aboutit une aveugle et charnelle pensée. On se représente une masse énorme, et plus on l'imagine énorme, plus on se persuade honorer Dieu. Un autre survient qui ajoute à ce colosse une coudée, et qui le fait encore plus grand ^. »

Laissons de côté ces puériles idoles. « Si l'âme est immatérielle, si 'elle se distingue du corps, à combien plus forte raison faut-il distinguer de la nature corporelle Dieu qui est le créateur de l'âme et du corps ? Dieu en effet ne rempUt pas le monde, comme l'air, comme l'eau, comme la lumière elle-même, de telle façon qu'une moindre partie de lui-même remplisse un moindre espace, et une plus grande partie un espace plus grand. Il est partout tout entier, sans être contenu dans aucun lieu ; il vient sans se retirer d'où

î. Voyez ci-dessus liv. 1, cli. ii, I. De In Nalnrc de l'Ame. 2. Sermo LUI , cap. xi.

il était, et il s'en va sans cesser d'être où il était venu. L'esprit humain s'étonne qu'il en soit ainsi, et parce qu'il ne le comprend pas, il est porté à ne le pas croire. Mais que Tàme humaine commence par s'étonner d'elle-même ; qu'elle s'élève un peu , s'il lui est possible, au-dessus du corps et des choses qu'elle a coutume de sentir par le corps, et qu'elle se demande ce qu'elle est, elle qui se sert du corps \ » « Si l'âme n'est pas étendue dans l'espace, Dieu encore bien moins.... Si l'àme qui change en tant de manières, dont les désirs sont tumultueux et variés; dont les affections dépendent de l'abondance ou de la pénurie ; qui est le jouet d'imaginations innombrables; qui tour à tour oublie et se souvient, apprend et ignore; si, dis-je, l'âme qui est le théâtre de tant de mouvements et de changements, sent qu'elle n'est point répandue ni étendue dans le Heu, mais placée au-dessus de l'espace par sa vive puissance; que doit-on penser et croire de Dieu lui-même, qui subsistant inébranlable et immuable aiî-dessus de tous les esprits raisonnables, départit à chacun ce qui lui convient '? »

Une fois éclairé par ces droites et sûres idées, Augustin ne peut assez témoigner l'étonnement, disons mieux, l'indignatiuu qu'excitent eu lui les doctrines auxquelles il a d'abord donné adhésion.

c( Que dirai-je maintenant de cette doctrine d'un Dieu partout répandu? Ne doit-elle pas soulever tout

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