Contra Episiohim Manicha'i, etc., ca[». xix
DE l'existence DE DIEU. 263
homme intelligeut, ou plutôt tout homme, quel qu'il soit? Certes il n'est pas besoin d'une grande sagacité à quiconque sait se dégager de l'esprit de contention, pour reconnaître que si Dieu est l'âme du monde et le monde le corps de cette âme, si ce Dieu réside en quelque façon au sein delà nature, contenant toutes choses en soi, de telle sorte que l'âme universelle qui vivifie la masse tout entière soit la substance commune d'où naissent chacune à son tour les âmes de tous les vivants, il suit de là qu'il n'y a aucun être qui ne soit une partie de Dieu. Or, qui ne voit que les conséquences de ce système sont impies et irréhgieuses au suprême degré, puisqu'elles supposent qu'en marchant sur un corps , je marche sur une partie de Dieu, et qu'en tuant un animal, c'est une partie de Dieu que je tue? Mais je ne veux pas dire tout ce que peut ici suggérer la pensée, sans que le langage puisse (h'icemment l'exprimer.
Remarquera- 1- on qu'il n'y a que les animaux raisonnables, comme les homme?, par exemple, qui soient les parties de Dieu ? Mais si le monde tout entier est Dieu, je ne vois pas de quel droit on retrancherait aux bêtes leur portion de divinité. Au surplus, à quoi bon insister? Ne parlons que de l'animal raisonnable, do l'homme. Quoi de plus tristement absurde que de croire qu'en donnant le fouet à un enfant, on le donne à une partie de Dieu ? Que dire de ces parties de Dieu qui deviennent injustes , impudiques , impies , damnables enfin, si ce n'est que pour supporter de pareilles conséquences, il faut avoir perdu le sens? Je demanderai enfin pourquoi Dieu s'irrite contre ceux qui ne l'ado-
rentpas, puisque c'est s'irriter contre des parties de soimême \ ))
a Sans doute le vrai Dieu est Dieu par nature et non par opinion, mais il ne s'ensuit pas que toute nature soit Dieu ; car l'homme, la bête, Tarbre, la pierre ont une nature, et Dieu n'est rien de tout cela -. »
Ce ne sont pas d'ailleurs seulement les rêveries manichéennes qu'Augustin repousse avec cette vivacité, mais aussi l'opinion de la théologie païenne exposée par Varron, laquelle porte que Dieu est Tâme du monde et qu'il comprend en soi une multitude d'âmes particulières dont l'essence est divine ^.
Et en effet, que Dieu soit pur esprit, quelle merveille î Et ne serait-ce pas plutôt un Dieu corporel qui impliquerait contradiction ?
Dieu est ; car il y a de l'être. Dieu est pur esprit ; car comment savons-nous qu'il est, sinon surtout en considérant notre propre esprit et l'éternelle vérité qui l'illumine?
« Si nous ne découvrons rien au-dessus de notre raison que ce qui est éternel et immuable, pouvonsnous hé-iter à dire que cela même est Dieu? Effectivement, comme ce n'est point par un sens inférieur à elle, mais par elle-même que la raison aperçoit tout ensemble qu'il y a quelque chose d'éternel et d'immuable et qu'elle-même est inférieure à cet être éternel et immuable, il faut de toute nécessité qu'elle avoue que cet être est Dieu... Donc, je proclamerai Dieu