Cr. Epistoln rXLVlII, FortiiiHiliauo (il:]), cap. i
2. De Civilaie Dci, lib. XXII, cap. xxix. De qaalilalc vîsio)>is, qna in fiitiiro seculo sancti Deiim vidcbunt.
3. Retract., lib. II, cap. XLi. « De videndo Deo scripsi librum {Epistola CXLVII, ad Paulinain] ubi de .^piriiuali corpore cpiod erit in resurnctione sanctorum iiiquisitionetn diligcntiortm distuli, ulnnn vel quo modo Deus , qui spiriius est , eliam per corpus laie videatur; sed eam posiea quxstionem sanc diJjiciUimam in novisiinw , id est in vicesimo et secundo libre de Civilate Dei (cap. xsix) SJtis , quantum arbitror, explicaii. »
DE LA iNATLHE DE DIEU. '2\}1
Ainsi, dès cette \ie même, nous pouvons, à certains égards, jouir de la vue de Dieu.
(( C'est pour le voir, autant qu'il peut être vu, c'est pour être unis à lui que nous nous purifions de la souillure des péchés et des passions mauvaises, et que nous cherchons une consécration dans la vertu de son nom; car il est la source de la béatitude et la fin de tous nos désirs. Nous nous attachons donc à lui, ou plutôt nous nous y rattachons, au lieu de nous en détacher pour notre malheur, le méditant et le relisant sans cesse (d'où vient, dit-on, le mot religion) ; nous tendons vers lui par l'amour, afin de trouver en lui le repos et de posséder la béatitude en possédant la perfection '. »
L'homme toutefois ne saurait se persuader, sans un coupable orgueil, qu'il puisse, par lui-même, assez se purifier pour être admis à jouir de la vue de Dieu'-. Nul ne voit Dieu que celui à qui Dieu se révèle.
On l'aura observé. Des deux méthodes qui servent à déterminer les attributs de Dieu, l'une qui, par voie déductive, va de la notion de l'unité divine à la multiplicité des attributs divins; l'autre qui, par une légitime induction, élève l'âme de la considération d'ellemême à la conception de Dieu ; c'est la seconde, la meilleure, la plus féconde, ou plutôt la seule vraiment féconde qu'emploie Augustin.
Si nous sommes, dit Augustin, c'est que Dieu est.
1. De Civitate Dci, lib. X. cap, m. Vcy. ci-après lib. I, cli. vi. Du Bonheur et du Souverain Bien.
2. De Trinilate , lib. IV, t';ip. xv. Voy. ci-après, liv. I, chap. v, 111. De la Libcrlé humaine et de la Grâce divine.
298 CFIAPITRE m.
Nous ne pouvons nous connaître sans connaître Dieu. Et, trait singulièrement remarquable de ce sympathique génie ! Cet Africain, cet homme nourri dans la discipUne des lettres romaines se montre aussi sensible qu'eût pu l'être un Grec aux attraits de la beauté. Qu'aimonsnous? s'écrie-t-il. Qu'aimons-nous, sinon le beau? Mais si nous aimons, nous devons connaître Dieu, en qui nous aimons ce qui est digne d'amour. Et si nous aimons ce qui est beau, Dieu doit être la souveraine beauté.
Oui, tout ce qui peut aimer aime Dieu, même sans le savoir'. Toute adoration est vraiment amour, et l'adoration d'un Dieu unique, nous retirant de la dispersion et concentrant nos amours épars, nous rattache au principe de tout bien. C'est pourquoi, uni à la foi et à l'espérance, Tamour nous porte plus haut et comme au sommet de l'être.
Effectivement, la fm de nos désirs, c'est de connaître Dieu et l'âme. Mais l'homme ne serait pas content si on lui disait : je vous ferai connaître Dieu comme vous connaissez Alype; il ne le serait pas même s'il ne le connaissait que comme les vérités les plus indubitables des mathématiques, ni enfin s'il n'en savait que ce qu'en ont dit Platon et Plotin, lesquels n'ont peut-être pas toujours compris ce qu'ils en ont dit. La Foi, l'Espérance et la Charité ne sont pas moins nécessaires pour s'élever à la connaissance de Dieu que pour l'aimer-.
1. SoUloqiiiorum lib. I, cap. i. « Deits qiiem amnt omne quod potcst aware, sive sciens , sive nesciens. »