‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 208 sur 318 · Coufessiommi lib. XllI, cap. xi · texte numérisé non relu

Coufessiommi lib. XllI, cap. xi

DE LA THIMTÉ. 315

ne peux pas séparer. Considère donc que ces trois choses, la mémoire, rintelligence et la volonté sont indiquées par toi séparément , mais qu'elles opèrent d'une manière inséparable. Que si tu trouves cela en toimême; si cela est dans un homme, dans une personne qui marche sur la terre et qui porte un corps fragile, lequel appesantit son âme, crois que Ton peut élabhr, en faisant appel aux choses visibles, en s'attachant aux analogies qu'offre la créature, que le Père, et le Fils et le Saint-Esprit sont distincts et coopèrent inséparablement. D'ailleurs, je m'arrête là. Je ne dis pas que Je Père est la mémoire, que le Fils est l'intelligence, TEsprit- Saint la volonté... Que dis-je donc? Que j'ai trouvé en toi trois choses, qui sont démontrées être séparables, et opérer inséparablement; et de ces trois choses, le nom de chacune résulte des trois, quoiqu'il ne se rapporte pas aux trois, mais à l'une des trois en particulier. Crois donc, à l'endroit de Dieu, ce que tu ne peux voir, si en toi-même tu as entendu, tu as vu, tu as retenu. Car en toi, tu peux connaître ce qui est : quand pourras-tu connaître ce qui est dans celui qui t'a fait, quoi que cela puisse être? Et situ dois le pouvoir un jour, tu ne le peux pas encore. Et rI^ys même que tu le pourras, pourras-tu connaître Dieu, comme Dieu se connaît luimême ^ ? »

Considérez même uniquement le phénomène de la mémoire, et vous y découvrirez une sorte de Trinité. Car imaginez quelqu'un qui ne sait pas le grec et qui confie à sa mémoire des mots grecs. Cet homme

1. Sermo LU , cap. vii-x. Cf. De Triniialc lil), X, cap. i el sq.

ne retient-il pas dans sa mémoire les sons des mots, alors même qu'il n'y pense pas? Puis, lorsqu'il se met à y penser, n'est-ce pas de là que se forme son souvenir? Enfin, n'ya-t-il pas pour qu'il se souvienne et unisse au son la pensée, volonté? C'est donc là encore une sorte de Trinité qui apparaît dans l'âme'.

Mais c'est principalement dans l'amour qu'éprouve l'ame humaine, que resplendit l'image de la Trinité.

« En effet, nous sommes, nous connaissons que nous sommes, et nous aimons notre être et la connaissance que nous en avons. Aucune illusion n'est possible sur ces trois objets-. «

Or, être, connaître, aimer, c'est renfermer en soi une Trinité ^

Et il en est de la charité, forme supérieure de l'amour, comme de l'amour.

c( Qu'est-ce que l'amour ou la charité, que la divine Ecriture loue et recommande si fort? qu'est-ce, sinon l'amour du bien? Or, l'amour suppose quelqu'un qui aime, et c'est à un objet aimé que s'adresse l'amour. Yoilà donc trois choses : un amant, un objet aimé et l'amour. Qu'est-ce donc que l'amour, sinon une vie qui unit ou qui tend à unir deux êtres, à savoir celui qui aime et ce qui est aimé? Et c'est ce qui a lieu même

Page 1