‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 219 sur 318 · Coiifessionum lib. XI, cap. vu · texte numérisé non relu

Coiifessionum lib. XI, cap. vu

332 CHAl'ITRE lY.

expression : hors de lui, alors que rien n'était, si ce n'est Dipu?

c( Puisque toutes choses ont dans l'univers leurs mesures, leurs nombres et leurs poids, où Dieu les apercevait-il en les disposant de la sorte? Ce ne pouvait être hors de lui-même, comme nous apercevons les corps avec les yeux du corps; car les choses, évidemment, n'étaient pas, alors qu'il les disposait pour qu'elles fussent. Ce n'était pas davantage au dedans de luimême qu'il les apercevait à la manière dont nous percevons par les yeux de l'esprit les images des corps, quand ils ne sont point présents à nos regards, mais que nous y pensons en les imaginant tels que nous les avons vus, ou d'après ceux que nous avons vus. En quelle manière donc Dieu apercevait-il les choses pour les disposer? En quelle manière, sinon en celle qui convient à sa seule puissance ^ ? »

Pour Dieu, penser le monde qu'il a créé et créer le monde est une seule et même action.

« Dans le Yerbe de Dieu se trouvent les éternelles raisons de toutes choses, même de celles qui ont été faites temporellement ^. »

Que l'acte de la création nous surpasse, à la bonne heure. Mais n'y a-t-il point d'autres faits journaliers qui choquent notre intelligence et déroutent notre compréhension? Piépétons-le. « L'acte de la création ne veut pas être conçu grossièrement, comme si Dieu s'était servi de mains pour son œuvre, à Pexemple des

■ 1. Va Gcncsi nd Liiteram , lib. IV, cnp. vi. 2. Ibid., ibid. cap. xxiv. Cf. De Civi'.ate Dci , lib. XI , cap. x.

artisans que nous voyons chaque jour exécuter leurs travaux matériels. La main de Dieu, c'est sa puissance, ouvrière invisible des choses visibles. Et tout cela ne semble des fables qu'à ceux qui mesurent sur ce que leurs yeux ont l'habitude de voir^ la puissance et la sagesse d'un Dieu qui n'a pas besoin de semences pour produire tout et les semences elles-mêmes; comme si les choses même qui tombent sous le regard des hommes, telles que la conception et la naissance, ne leur paraîtraient pas, s'ils n'en avaient l'expérience, plus incroyables encore que l'acte divin de la création * ! »

Troisièmement. Dieu qui a créé le monde l'a créé directement et n'a point employé d'intermédiaires dans l'acte de îa création. Il serait même sacrilège « de croire ou de dire qu'un autre que Dieu soit le créateur d'un être quelconque, fût-il mortel et le plus chétif qui se puisse concevoir. Et pour ce qui est des anges, que l'école de Platon aime mieux appeler des Dieux, il est très-vrai qu'ils concourent au développement des êtres deTunivers, selon l'urdre ou la permission qu'ils en ont reçue ; m.ais ils no sont pas plus les créateurs des animaux que les laboureurs ne le sont des blés ou des arbres^. »

Effectivement, a il y a pour les êtres deux espèces de formes : la forme extérieure, celle que le potier et l'artisan peuvent donner à un corps et que les peintres et les statuaires savent imiter ; il y a ensuite la forme intérieure, qui non-seulement constitue les diverses na-

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