Ibid., ibid., cap. xii
peut-on appeler éternité cet état où a pu naître une volonté qui n'était pas auparavant? Car la volonté de Dieu n'est pas une créature, et elle est avant toute créature ; rien ne serait créé si la volonté de Dieu n'avait précédé. La volonté de Dieu appartient donc à sa substance. Que s'il peut naître dans la substance de Dieu quelque chose qui n'était pas auparavant, cette substance n'est vraiment pas éternelle. Si, au contraire, c'est une volonté éternelle de Dieu que la créature soit, pourquoi la création n'est-elle pas éternelle?
c( Ne sont-ils pas encore plongés dans l'aveuglement du vieil homme, s'écrie Augustin, ceux qui tiennent un pareil langage? Ceux qui parlent ainsi ne vous comprennent pas encore, ô sagesse de Dieu, lumière des esprits ; ils ne comprennent pas encore comment les choses sont créées par vous et en vous ; ils s'efforcent d'atteindre au goût des choses éternelles; mais leur cœur est encore vain et flotte encore dans les mouvements variés du présent et du futur. Qui pourra retenir ce cœur et le fixer un instant, afin qu'il puisse saisir quelques rayons de votre immobile éternité, qu'il la compare avec le temps mobile et voie qu'elle n'a aucune mesure avec lui ; qu'il voie qu'un temps ne peut être long que par la succession de plusieurs mouvements qui ne peuvent exister ensemble ; que dans l'éternité rien ne succède, mais que tout est toujours présent; que le temps ne peut jamais être tout entier présent, que le passé est poussé en avant parle futur, que le futur naît du passé, que l'un et l'autre prennent leur être et leur source dans celui qui est toujours présent. Qui fixera le cœur de l'homme, afin qu'il voie
comment le principe immobile ordonne le futur et le passé, sans que l'éternité soit jamais passée ou future? Ma main pourra-t-elle opérer un tel prodige, ou, à défaut de ma main, ma parole?
Je répondrai donc à celui qui dit : Que faisait Dieu avant de créer le ciel et la terre? Mais je ne répondrai pas en plaisantant, comme celui qui voulant éluder la gêne d'une telle question, répliqua : Il préparait des châtiments pour ceux qui sondent les choses qui sont au-dessus d'eux. Autre chose est plaisanter, autre chose est voir clair. Ce n'est pas là ce que je répondrai. J'aime mieux du^e : Je ne sais pas, si je ne sais pas, que de plaisanter celui qui m'interrogerait sur de si hauts mystères, et d'être loué ensuite pour avoir mal répondu. Mais je dis. Seigneur mon Dieu, que vous êtes le créateur de tout ce qui est. Et si par la création il faut entendre le ciel et la terre, j'ose dire : Avant que Dieu fît le ciel et la terre, il ne faisait rien; car s'il eût fait quelque chose, que serait-ce, sinon une créature? Et plût à Dieu que je susse tout ce qu'il me serait utile de savoir avec la même clarté que je sais qu'il n'y avait point de créature avant la création ! * »
On l'a remarqué avec justesse ^, Augustin s'est trouvé ici en présence de l'alternative suivante :
Un Dieu éternel et immuable, qui, à un moment déterminé, entre en action pour produire ce qui n'existait pas auparavant ;
Un monde qui a toujours existé, une chaîne de siècles