‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 259 sur 318 · De Civiiate Dci, \\h. \\U, cap. xxiv · texte numérisé non relu

De Civiiate Dci, \\h. \\U, cap. xxiv

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cola? Jusqu'où n'est pas allée rinduslrie des hommes dans l'art de former des tissus, d'élever des bâtiments, dans l'agriculture et la navigation? Que d'imagination et de perfection dans ces vases de toutes formes, dans cette multitude de tableaux et de statues î Quelles merveilles ne se font pas sur la scène qui semblent incroyables à qui n'en a pas été témoin! Que de ressources et de ruses pour prendre, tuer ou dompter les bétes farouches ! Combien de sortes de poisons, d'armes, de machines, les hommes n'onl-ils pas inventées contre les hommes mêmes! Combien de secours et de remèdes pour conserver la santé! Combien d'assaisonnements et de mets pour le plaisir de la bouche et pour réveiller l'appétit! Quelle diversité de signes pour exprimer et faire agréer ses pensées, et au premier rang, la parole et l'écriture! Quelle richcbse d'ornements dans l'éloquence et la poésie pour réjouir l'esprit et pour charmer l'oreille, sans parler de tant d'instruments de musique, de tant d'airs et de chants! Quelle connaissance admirable des mesures et des nombres ! Quelle sagacité d'esprit dans la découverte des harmonies et des révolutions des globes célestes! Enfin, qui pourrait dire toutes les connaissances dont l'esprit humain s'est enrichi touchant les choses naturelles? Pour défendre même des erreurs et des faussetés, combien les philosophes et les hérétiques n'ont-ils pas fait paraître d'esprit! Certes, une nature si excellente, ayant pour auteur un Dieu égcdement juste et puissant, qui gouverne lui-même ses ouvrages, ne serait jamais tombée dans ces misères, et de ces misères n'irait point (les seuls justes exceptés) dans les tourments éternels, si I. 2;i

elle n'avait été corrompue originairement dans le premier homme, d'où sont sortis tons les antres, par quelque grand et énorme péché.

Si nous considérons notre corps même, bien qu'il meure comme celui des bétes, qui l'ont souvent plus robuste que nous, quelle bonté et quelle providence de Dieu y éclatent de toutes parts !

Que dire de tant d'autres choses également belles et utiles qui rempUssent l'univers et dont la bonté de Dieu a donné le spectacle et l'usage à l'homme, tout condamné qu'il soit à tant de peines et à tant de misères. Parlerai-je de ce vif éclat de la lumière , de la magnificence du soleil, de la lune et des étoiles, de ces sombres beautés des forêts, des couburs et des parfums des fleurs, de cette multitude d'oiseaux si différents de chant et de plumage, de cette diversité infinie d'animaux dont les plus petits sont les plus admirables? Parlerai-je de la mer, qui fournit toute seule un si grand spectacle à nos yeux et des diverses couleurs dont elle se couvre comme d'autant d'habits différents, tantôt verte, tantôt bleue, tantôt pourprée?... Qui peut tout décrire? Et si je voulais même étendre un peu ce que je me borne à indiquer, combien de temps ne me faudrait-il pas? Car il n'y a pas une de ces merveilles qui n'en comprenne plusieurs*. »

Allons plus loin. Sommes-nous bons juges de Tordre et du désordre du monde? Évidemment, non. C'est pourquoi, « si la beauté de cet ordre ne nous plait pas, c'est que, liés par notre condition mortelle à une partie

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de l'univers changeant, nous ne pouvons en sentir l'ensemble, où ces fragments qui nous blessent trouvent leur place, leur convenance et leur harmonie \ » « Supposez un ignorant qui entre dans un atelier, où il voit un grand nombre d'instruments dont il ne connaît pas l'usage, et que, dans sa sottise, il estime superflus. Ce n'est pas tout, s'il se laisse tomber dans une fournaise, ou qu'en maniant maladroitement un instrument tranchant, il vienne à se blesser, il juge môme que cet ateher renferme beaucoup de choses pernicieuses et nuisibles. Cependant l'artisan qui connaît la destination de toutes ces choses, se rit de son ineptie, et, sans s'inquiéter de plaintes vaines, continue à exercer son industrie. Or, les hommes sont si insensés que, tandis qu'ils n'oseraient condamner chez un artisan ce qu'ils ignorent, ils n'hésitent point à reprendre, dans le gouvernement divin du monde, une foule de détails dont ils ne voient pas les causes et veulent paraître savoir ce qu'ils ne savent pas relativement aux ouvrages et aux instruments du suprême ouvrier... Quant à moi, continue Augustin, j'avoue que j'ignore pourquoi ont été créés les rats et les grenouilles, ou les mouches ou les vermisseaux... Mais puisqu'on toutes choses, on aperçoit de la mesure, du nombre et de l'ordre, ne faut-il pas chercher un artisan qui soit Dieu^?»

Nous ne connaissons qu'une partie de la totahté des choses, et par cette partie nous apprécions la totahté.

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