De Geuesi contra Manichœos, lib. 1, cap. xvi
Quelle merveille que nous trouvions cette partie défectueuse, alors qu'il nous faudrait, pour en reconnaître la beauté, l'examiner dans sa convenance avec le tout auquel elle se rapporte? Augustin se plaît à revenir sur cette pensée si simple à la fois et si juste, et la confirme par les plus familières analogies.
Considérez une mosaïque ; vous serez tenté de blâmer celui qui l'a composée, si vous ne la regardez que par un endroit ^ Si dans un immense édifice vous portez les yeux sur une statue isolée, vous ne pourrez point l'estimer à sa juste valeur, parce que vous l'aurez distraite de l'ensemble dont elle est un détail. Un soldat dans une bataille ne peut se rendre compte de la disposition de toute une armée. Enfin, si nous ne pouvions, dans un poëme, apprécier les syllabes que une à une, au fur et à mesure qu'elles sont prononcées, nous ne sentirions en aucune manière l'harmonie et la beauté du poëme -. Dans un bel homme, ce ne sont pas non plus seulement les cheveux que l'on considère, ni dans un orateur le seul mouvement des doigts, ni dans la lune quelques-unes de ses phases ^
Il en est de même de l'univers, où toutes choses, suivant leur nature et leur destination, concourent à là beauté de l'ensemble. Ce qui, pris séparément, nous fait horreur, nous offrirait, à l'envisager dans ses rapports avec le tout, un agrément incomparable.
c( Non, pour vous, mon Dieu, s'écrie Augustin, il n'y a point de mal, non-seulement au regard de vous.