LA LIBERTE
iXoiis venons de le voir. Aux yeux de saint Augustin, le mal n'est point un phénomène qui soit fondé en nature. Car Augustin estime qu'en tant que nature, toute nature est bonne. Nul esprit surtout n'est mauvais foncièrement; car l'esprit est immortel.
Cependant, il y a du mal dans la création.
Augustin se reconnaît impuissant à expliquer le mal parmi les anges. Et du reste, il ne manque jamais de reléguer au nombre des questions qui nous dépassent, toutes les recherches sur les anges, leurs caractères et leur essence.
Mais dans l'homme, comment rendre raison du mal ?
A cette question, que se sont posée de tout temps les esprits pensants, ont été fahes diverses réponses, qui constituent autant de théories.
Ceux-ci ont rapporté le mal à la matière éternelle. C'est le sentiment sur lequel se fonde le dualisme grec.
Ceux-là ont imaginé deux Dieux, l'un auteur du mal, l'autre auteur du bien. C'est l'opinion des Manichéens.
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Augustin qui écarte, par le dogme de la création, la solution qui se tire de Téternité de la matière, ne repousse pas moins expressément la doctrine des deux principes éternels et contraires. C'est même contre les enseignements du Manichéisme que porte FeiTort de sa dialectique. Suivant lui, le mal qui n'est pas la matière, le mal qui n'est pas Dieu, le mal ne \ient pas davantage de Dieu.
Mais alors, encore une fois, comment expliquer le mal dans Thomme ?
On peut dire qu'il y a eu, en quelque façon, deux moments dans l'opinion que s'est faite Augustin louchant ce délicat problèmiC. Constamment, il est vrai, il a reconnu que Dieu n'est pas l'auteur du mal. Mais il a commencé par rapporter le mal à la volonté humaine, comme à sa cause efficiente. Créée de Dieu, quand cette volonté agit mal, c'est elle qui agit et produit le mal. Cette première théorie a été ensuite modifiée, et Augustin a professé d'une manière définitive que Dieu ne pouvait faire qu'une perfection bornée et qu'il a fait pour le mieux. Le mal, à ce compte, n'est qu'un défaut ou un manque d'être, et la volonté mauvaise, cause du mal, qu'une cause déficiente.
c( On nous demande d'où vient le mal. Répondons du bien, mais non du bien souverain et immuable. Les maux sont donc nés des biens inférieurs et muables. Ces maux, sans doute, ne sont pas des natures, mais des vices de nature : cependant il faut entendre en même temps qu'ils ne peuvent être que de quelques et en quelques natures, et qu'il n'y a pas de mal, qui ne soit un défaut de bien. Or, ce défaut évidemment se rapporte
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à quelque nature. Car une volonté mauvaise elle-même ne peut être, sans contredit, que la volonté d'une nature. L'ange et l'homme sont des natures. Du moment en effet qu'il y a volonté^ ce doit être la volonté de quelqu'un. Et les volontés valent ce que les font lesqualités des natures auxquelles elles appartiennent. Si donc on demande ce qu'estrangQ,ourhommedemauvaisevolonté, on répond très-justement : mauvais, la qualification venant alors plutôt de la volonté mauvaise que de la nature bonne. Effectivement, la nature est la substance même qui est capable de bonté ou demalice ; elle est capable de bonté par la participation du bien qui l'a faite; elle admet de la malice, non par une participation du mal, mais par une privation du bien, c'est-à-dire non qu'elle se mêle à une nature qui est quelque mal, n'y ayant pas de nature en tant que nature, cjui soit mauvaise ; mais par déchéance d'une nature qui est le souverain et immuable bien, parce qu'elle a été faite de rien^ et non pas de cette nature indéfectible. Une nature ne pourrait avoir une volonté mauvaise, si elle n'était muable, et elle ne serait pas muable, si elle était faite de Dieu, et non point faite par Dieu de rien. C'est pourquoi. Dieu est l'auteur des biens en tant qu'il est l'auteur des natures; quant à la déchéance spontanée du bien qui apparaît dans les natures, elle n'indique point par qui elles ont été faites, mais d'où elles ont été faites. Et cela d'où elles ont été faites n'est point quelque chose, parce qu'au fond ce n'eèt rien ; et ainsi ce qui n'est rien ne peut avoir d'auteur *. »
t. Contra Jnlianitm Pelagianum, îib. I. cap. vili.
-nÀT.,
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La doctrine augustiiiieane sur le mal est donc trèsclaire. Le mal est un manque d'être, et ce défaut vient -^ d'une volonté qui elle-même a été tirée du néant.
Toutefois, dans ce problème du mal, rien n'est simple, et les difficultés se reforment, pour ainsi dire, à mesure qu'on les résout. Augustin ne s'éloigne du Manichéisme que pour trouver en face de lui une autre doctrine très-compromettante et très-puissante, le Pélagianismc.
(( 0 Dieu, s'écriait Augustin, résumant en un seul mot toute sa doctrine, ô Dieu, donnez ce que vous commandez, et commandez ce que vous voulez. » — « Da quod jubés, et jubé quodvis. » Célestius et Pelage blâmèrent ces paroles, comme favorisant la paresse ^humaine. Augustin repoussa vivement cette allégation \ Peu à peu, le dissentiment s'agrandit, et les deux adversaires, l'évêque d'PIippone et le moine breton en vinrent à discuter sur le péché originel, sur la grâce et le hbre arbitre, sur la prédestination.
Augustin déclare que tout le genre humain était contenu en puissance dans le premier homme, si bien que l'entité homme ayant péché, et les âmes se transmettant, selon toute apparence, par voie de génération^, tous les hommes sont déchus. La corruption de la nature hu-maine a produit la perte du libre arbitre. De là, conséquemment, la nécessité de la rédemption par le Média-
1. Liber (le Douo Persevernntix, Cii\). xx. n In libris Confessionnm mearum cerle dixi Deo nostro et sxpe dixi : « Da quod jubés, et jubé (juod vis, » (lib. X, cap. xix, xxxi, xxxvii). Quse verba mea Pelogins lionice, cum a quodam fralre et episcopo fuissent eo présente commeinorata, ferre non potuit, » Cf. De Gestis Pelmjii, liber unus, cap. xiv et sq.