‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 295 sur 318 · De Civitatc Dci, lib. XII!, cap. ii · texte numérisé non relu

De Civitatc Dci, lib. XII!, cap. ii

vail, la douleur et la crainte? Que signifient tant d'affections vaines et nuisibles d'où naissent les cuisants soucis, les inquiétudes, les tristesses, les craintes, les fausses joies, les querelles, les procès, les guerres, les trahisons, les colères, les inimitiés, les tromperies, la fraude, la flatterie, les larcins, les rapines, la perfidie, l'orgueil, l'ambition, l'envie, les homicides, les parricides, la cruauté, l'inhumanité, la méchanceté, la débauche, l'insolence, l'impudence, l'impudicité, les fornications, les adultères, les incestes, les péchés contre nature de l'un et de l'autre sexe, et tant d'autres impuretés qu'on n'oserait seulement nommer : sacrilèges, hérésies, blasphèmes, parjures, oppression des innocents, calomnies, surprises, prévarications, faux témoignages, jugements injustes, violences, brigandages, et autres malheurs semblables que ne saurait embrasser la pensée, mais qui rempUssent et assiègent la vie? Il est vrai que ces crimes sont l'œuvre des méchants; mais ils ne laissent pas de venir tous de cette ignorance et de cet amour déréglé, comme d'une racine que tous les enfants d'Adam portent en eux en naissant... C'est pour cela que la grâce aide les bons au miheu des m^aux... — Les doctes du siècle prétendent que la philosophie y fait aussi quelque chose, cette philosophie que les Dieux, selon Cicéron, ont accordée dans sa pureté à un petit nombre d'hommes. Ils n'ont jamais fait, dit-il, et ne peuvent faire un plus grand présent aux hommes. Cela démontre que ceux mêmes que nous combattons ont été obligés de reconnaître en quelque façon que la grâce de Dieu est nécessaire pour acquérir la véritable philosophie. Et si la véritable phi-

losophie, qui est l'unique secours contre les misères de la condition mortelle, a été donnée à un si petit nombre dliommes, Yoilà encore une preuve que ces misères sont des peines auxquelles les hommes ont été condamnés * . »

Ainsi (( la nature de l'homme a été créée primitivement exempte de péché et sans aucun vice ; mais il n'en est pas de même de la nature humaine, que chacun en naissant tient d'Adam. Elle a besoin d'un médecin, parce qu'elle n'est pas saine. Tous les biens, il est vrai, qu'elle a dans sa formation, dans sa vie, dans ses sens, dans son esprit, elle les a reçus du Dieu souverain, son créateur et son ordonnateur. Mais quant au vice qui obscurcit et débilite ces biens naturels, de telle manière qu'elle a besoin d'être illuminée et guérie, il ne lui vient point de cet artisan impeccable, mais du péché originel, qui a été commis par le hbre arbitre... Ceux donc qui ne sont pas délivrés par la grâce, soit parce qu'ils n'ont pu encore entendre, soit parce qu'ils n'ont pas voulu obéir, soit même parce que leur âge ne leur a pas permis d'entendre; ceux-là n'ayant pas reçu le baptême de régénération qu'ils pouvaient recevoir pour être sauvés, sont condamnés justement. Car ils ne sont pas sans péché, et au péché qu'ils tirent de leur origine ils ont ajouté le péché de leurs mauvaises mœurs ^. »

Il serait du reste peu judicieux de rapprocher du Manichéisme cette doctrine sur le péché originel. Augustin n'a garde d'admettre une pareille assimilation,

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