De Civitate Dei, lib. XXII, cap. xxii
2. De Naliira et Gralia, cap. iv. Cf. Epistola CXLV, Anaslasio (412).
4o6 CFÎAPITRE V.
qui serait confusion. Ce sont bien plutôt les Pélagiens qui. suivant lui, se rapprochent, par certains côtés, des Manichéens ^
Augustin enseigne que la nature humaine a été créée bonne par un Dieu bon ; mais qu'ayant été viciée par le péché, elle a besoin d'être réparée.
Les Manichéens, au contraire, prétendent que Dieu n'a point créé bonne la nature humaine, et que le péché ne l'a point corrompue; mais que le prince des ténèbres éternelles a créé l'homme par le mélange des deux natures qui ont toujours été, et dont Tune est bonne et l'autre mauvaise.
D'autre part, les Manichéens nient, en somme, le libre arbitre.
Augustin s'efforce, à leur encontre, de le maintenir.
« Qui de nous voudrait dire que, par le péché du premier homme, le libre arbitre a péri dans le genre humain ? La liberté, il est vrai, a péri par le péché, mais cette liberté du paradis, qui consistait dans la pleine justice avec l'immortalité
(( Tant s'en faut que le libre arbitre ait péri dans le pécheur, que c'est par le libre arbitre que pèchent tous ceux surtout qui pèchent avec délectation, et que c'est par amour du péché qu'ils trouvent plaisir dans ce qui leur plaît... Ils ne se dégagent donc de la justice que par l'arbitre de leur volonté, de môme qu'ils ne se dé-
1 . Contra Duas Epislolns Pcloginnontm, lib.II, cap. ii. « Mnnkhsponun et Pelagianorum hxreses sibi imtiiio adversx et œque a Calliolica Ecclesia r^probatœ. Mauichcei ei Pelacjiani qualenus errore conjunctij quatcnus separati. »
gagent du péché que par la grâce du Sauveur* »
Et ailleurs : « Que signilicnt tant de préceptes que comprend la loi de Dieu contre les fornications et les adultères, sinon qu'il y a un libre arbitre? Evidemment, il n'y aurait point de tels préceptes, si Thomme n'avait une volonté propre qui le mît à même d'obéir aux commandements divins. Et cependant cette volonté est un don da Dieu, sans lequel ne sauraient être observés les préceptes relatifs à la chasteté -. »
En d'autres termes, Augustin déclare, premièrement, que la nature a été créée bonne par Dieu bon, mais qu'elle a cependant besoin du Sauveur à cause du péché originel, qui de la prévarication du premier homme a passé dans tous les hommes ; secondement, que le libre arbitre est absolument inhérent à la nature humaine, mais qu'il est actuellement captivé à ce point qu'il se trouve impuissant à pratiquer la justice, s'il n'a été délivré par la grâce^. «La volonté a été créée bonne^ mais muable, parce qu'elle a été tirée du néant : ainsi elle peut se détourner du bien et du mal ; mais elle n'a besoin pour le mal que de son Ubre arbitre et ne saurait faire le bien sans le secours de la grâce ''. » « Ce n'est donc pas en vertu de leurs mérites, ni par le libre arbitre, que les hommes sont réparés, mais par la grâce. La bonne volonté vient de Dieu. Le repentir même est un don de Dieu^ »