De Ncilura et Gratia, cap. xxvi
pas aidé par la lumière, afin que se fermant et se détournant il s'éloigne de cette lumière, mais qu'il en est aidé pour qu'il voie, et qu'il ne peut voir qu'il n'en soit aidé : de même Dieu, qui est la lumière de l'homme intérieur, aide le regard de notre esprit, afin que nous opérions quelque bien, non point selon notre justice, mais selon sa justice. Que si nous nous détournons de lui, c'est notre fait ; et alors nous sommes sages selon la chair, alors nous allons au péché en obéissant à la concupiscence de la chair. Dieu donc nous secourt lorsque nous nous tournons vers lui ; et lorsque nous nous détournons de lui, il nous abandonne ^ »
La nécessité de la grâce est manifeste. Cependant, l'empire de la grâce étant ainsi établi , ne devons-nous pas craindre qu'il n'anéantisse le libre arbitre? Loin de nous cette appréhension chimérique ! Au contraire, c'est en établissant l'empire de la grâce, que ce l'on fonde d'une manière plus solide encore le libre arbitre. Car de même que la loi est étabhe par la foi, de même le Ubre arbitre n'est pas annulé , mais établi par la grâce. La loi, en effet, n'est accomplie que par le hbre arbitre ; mais c'est par la loi que le péché est connu , c'est par la foi que s'obtient la grâce contre le péché, c'est par la grâce que l'âme est guérie du vice du péché , c'est de la santé de l'âme que vient le libre arbitre, c'est par le libre arbitre que la justice est aimée, c'est par l'amour de la justice que la loi est accomplie. Et ainsi, comme la loi n'est pas annulée, mais étabhe par la foi, parce que la loi obtient la grâce,
J . De Peccatorum meriiis et rcmissione, lib. 11^ cap. v.
par laquelle la loi est observée; le libre arbitre n'est pas annulé , mais établi par la grâce , parce que la grâce guérit la volonté , d'où naît le libre amour de la justice ^ »
c( Vous vous trompez, ou vous cherchez à nous tromper, écrit encore Augustin s'adressant à ses adversaires. Nous ne nions pas le libre arbitre, nous reconnaissons les uns et les autres que les hommes sont libres et que Dieu est le créateur des enfants. Ce n'est pas par là que vous êtes Célestiens ou Pélagiens.
Ce que vous dites, c'est que l'homme est hbre pour faire le bien sans le secours de Dieu, et que les enfants sont participants du royaume céleste, sans avoir été délivrés de la puissance des ténèbres.
C'est par cet endroit que vous êtes Célestiens et Pélagiens ^. ))
Mais quoi ! avant le règne de la grâce, n*a-t-on pas vu briller d'admirables vertus ? Et les païens ne se sontils pas illustrés par de mémorables exemples?
« La volonté de Dieu, répond Augustin, n'a jamais manqué de se faire connaître aux hommes justes et
pieux Tous ceux donc qui, ayant cru en lui depuis
le commencement du monde, et en ayant eu quelque connaissance, ont vécu dans la piété et dans la justice en gardant ses préceptes, ont été sans aucun doute