‹ La philosophie de Saint AugustinChapitre 308 sur 318 · Ibid., ibid · texte numérisé non relu

Ibid., ibid

des facultés intellectuelles et morales de l'homme. C'était là, la chose devançant le mot, l'espèce de semi-pélagianisme qu'on devait lui reprocher plus tard, et dont lui-même eut si fort à cœur de se défendre.

Effectivement, Célestius et Pelage ayant paru, le langage de l'évéque dHippone à l'endroit de la liberté prend un sens encore plus restrictif.

Célestius prétendait qu'Adam, par son péché, n'avait nui qu'à lui-même, et que la mort, pour l'homme, n'était pas une punition, puisque l'homme est né mortel.

Pelage accordait, il est vrai, que la mort est entrée dans le monde avec Adam , mais il entendait la mort purement spirituelle. Suivant lui, la nature n'a pas été viciée par Adam. Le péché a sa racine dans la concupiscence, et non dans l'hérédité. Le péché s'est tourné en habitude, mais le protoplaste n'a nui à la postérité qu'en tant qu'il lui a donné un mauvais exemple.

En face de ces assertions, Augustin affirme, au contraire, que le genre humain tout entier a été corrompu dans le premier homme. Et il ajoute non-seulement, comme au début de ses luttes, que la liberté de l'homme a subi un déchet considérable, mais que l'homme n'a plus conservé de liberté que pour le mal. Il suit de là que le secours de la grâce est indispensable à l'homme pour opérer le bien.

(( Avouons sans doute que nous avons un libre arbi-

' tre pour faire le bien et le mal. Mais c'est pour faire le

mal qu'est libre tout homme qui est esclave de la justice

et du péché; quant au bien, nul n'est libre, excepté

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celui qui aura été délivré par Celui qui a dit : u Si mon Fils vous délivre, alors vous serez vraiment libres ^ »

Coopérante, cette grâce, d'ailleurs, est prévenante et gratuite ; car c'est là une dernière erreur où se réfugient les Pélagiens. Ils professent que, quoique la grâce ne soit pas donnée selon les mérites des bonnes œuvres, elle est donnée cependant suivant les mérites de la bonne volonté, qui précède, chez celui qui croit et qui prie^.

Augustin répudie de pareilles maximes. Evidemment, c( sous le nom de grâce, ce n'est point la fatalité qu'affirment les catholiques, non plus qu'ils ne veulent pas dire que Dieu fasse acception des personnes; mais ils tiennent qu'en réalité la grâce de Dieu n'est pas donnée selon les mérites des hommes, et que le premier désir du bien est inspiré par Dieu, de telle sorte que l'homme ne commence absolument pas à se tourner du mal au bien, si cela n'est opéré en lui par la miséricorde spontanée et gratuite de Dieu ^ » Ainsi «la foi prie, qui a été donnée à celui qui ne priait pas, et si elle ne lui eut pas été donnée, il ne pourrait pas prier ^. »

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