DE LA PHILOSOPHIE EN GÉNÉRAL
la volonté. « Platon m'a fait connaître le vrai Dieu, conclut Augustin; Jésus -Christ m'en a montré la voie. »
Que les Platoniciens soient donc parvenus à certaines vérités, c'est ce qui reste indubitable, et leurs maximes ont parfois même de quoi nous faire rougir *. Mais ce sont là les vases d'or de l'Egypte qu'il faut restituer aux autels du vrai Dieu. Ce sontdes richesses qu'il s'agit d'arracher à d'illégitimes possesseurs pour les faire rentrer dans les trésors de la philosophie chrétienne, ce qui est la seule vraie philosophie^. )> Carloin que le Christianisme doive rien aux livres des Platoniciens, ce sont plutôt les Platoniciens qui ont emprunté à l'Ecriture tout ce qu'ils peuventavoirdit de bon. Certainement, Platon n'a point été à même de profiter, comme Augustin l'avait avancé par mégarde, des enseignements de Jérémie, qui vivait cent ans avant lui, ni de la traduction de Jérémie, laquelle n'a été publiée que soixante ans après Platon ^. Mais comment, d'un autre côté, ne point remarquer entre les plus sublimes paroles de Platon et les textes des Écritures une merveilleuse affinité. Car ce que dit Platon « que le philosophe est celui qui aime Dieu, » l'Écriture sainte ne respire autre chose. Et « ce qui
1. Contra Juliamim Pelaaianum, lib. IV, cap. xiv. n Erubescamus intérim veris disputationibus impiorum, qui didicimns in vera verx pietatis sanctaque philosopliia, et contra spiritum carnem, et contra carnem concupiscere spiritum. [Galat. v, 17.) >»
2. Contra Juliamim, lib. IV, cap. xiv. « Obsecro te, non sit honestior philosophia Gentium, quam noslra Cliristiana, quee una est vera philosopliia. »
3. Retract, lib. II, cap. iv. « Tanquain coselanei fuerint Flato et Jeremias; me fefellit memoria, » Cf. De Civitate Dei, lib. VIII, cap. xi.
montrerait presque que Platon a eu connaissance des Livres saints, c'est qu'on retrouve dans ses écrits la reproduction à peu près littérale de cette expression qui se lit dans Moïse, parlant de Dieu : ■« Je suis celui qui suis... y) Or, c'est ce que Platon établit fortement et ce qu'il a grand soin d'inculquer partout, et je ne sais, ajoute Augustin, si cela se trouve dans aucun livre plus ancien que Platon, excepté les Écritures ^ » Quoi qu'il en soit, comment avancer sans une ridicule ignorance et sans blasphème que Jésus- Christ a beaucoup appris dans les livres de Platon'-^?
Aussi bien, Platon lui-même a eu plus de puissance pour charmer que pour persuader. « Postea suctvius ad legendiim quarn potentius ad persuadendum scripsit Plato"\ » C'est pourquoi, « si Platon vivait encore, s'écriait Augustin , et qu'il voulût bien me répondre lorsque je l'interrogerais, ou plutôt si quelqu'un de ses disciples l'eût interrogé de son temps, lorsqu'il s'efforçait de les convaincre, que la vérité ne se voit point par les yeux corporels, mais par un esprit purifié ; que toutes les âmes qui s'y tiennent unies deviennent parfaites et bienheureuses ; que rien n'empêche plus de la connaître que la corruption des mœurs et