DE L\ PHILOSOPHIE EN GÉNÉRAL
philosophie chrétienne, la concordance de ses préceptes, la salutaire autorité de sa doctrine?
« Lisez cette multitude de philosophes dont nous avons les ouvrages \ je ne crois pas qu'on en puisse trouver deux qui soient d'accord en toutes choses. — Quel peuple, quel sénat, quelle autorité publique de la Cité de terre s'est jamais mise en peine de décider entre tant d'opinions différentes, pour approuver les unes et condamner les autres? — Toutes les vérités qu'un certain nombre de philosophes ont aperçues parmi tant d'erreurs et qu'ils ont tâché de persuader avec tant de peine, comme par exemple que c'est Dieu qui a créé le monde et qui le gouverne par sa providence, tout ce qu'ils ont écrit de la beauté de la vertu, de l'amour de la patrie, de l'amitié, des bonnes œuvres et de toutes les choses qui concernent les mœurs, ignorant au surplus et la lin où elles tendent et le moyen d'y parvenir ; tout cela, dis-je, a été prêché aux membres de la Cité du ciel parla bouche des prophètes, sans arguments et sans disputes, afin que tout homme initié à ces vérités ne les regardât pas comme des inventions de l'esprit humain, mais craignît de les mépriser comme la parole de Dieu mêmeV »
Que l'on compare, d'autre part, le succès qu'a obtenu la prédication des Apôtres à l'influence que les philosophes ont exercée par leurs leçons.
c( Quoique en petit nombre, les apôtres parcourent toute la terre ; ils convertissent toutes les nations avec une facilité admirable ; ils croissent au milieu de leurs
]. De Civilale Dei, lib. XVllI, cap. xlt.
ennemis et se multiplient à force de persécutions ; et tous les maux qu'on leur fait endurer ne servent qu'à les répandre jusqu'aux extrémités du monde. D'une poignée de gens qu'ils étaient, grossiers, ignorants et méprisés, ils se trouvent tout d'un coup éclairés et célèbres par tout l'univers, et se multipliant avec une rapidité incroyable , plient au joug de Jésus-Christ les plus grands esprits, les plus éloquents, les plus subtils et les plus savants hommes, dont ils font non-seulement des disciples, mais des prédicateurs de la doctrine du salut et de la véritable piété. Dans les alternatives des adversités et des prospérités, ils ne songent qu'à soutenir courageusement les unes et à user sobrement des autres, et lorsqu'ils \oient que le monde tend à sa fin et que la décadence de toutes choses l'annonce , leur espérance se ranime ; et se souvenant que même ces marques du déclin du monde ont été prédites, ils attendent avec plus de confiance que jamais la félicité de la céleste patrie '. »
La philosophie grecque, au contraire, n'a pu persuader qu'un très-petit nombre d^hommes. Elle connaît le but, mais non point le chemin du salut que Jésus- Christ seul a indiqué à see croyants. La philosophie éclaire la raison, mais elle n'agit qu'imparfaitement sur
1. Eiùst. CXXXVII, Volusiano (412), cap. iv. Cf. De fide reruvi quse non videniur, lib. I.cap, vjj , Totius tnundi /ides in unum verum Deitm mirabiliter conciliata. — a Et hoc esae factum per unum Jwminem ah hominibus illusum, comprehensum, vinctum, Jlagellatum, expabnatum , exprobratum, crucifixum, occisnm ; discipulis ejus, quos idiotus, et im~ peritos, et piscatores, et publicanos, per quos ejus magisterium commendaretur, elegit. annuntiantibus ejus resurrectionem,.., »